Rio : une heure dans la foule du Carnaval

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Janvier 2016. Bien que le carnaval ne commence officiellement que le 5 février, Rio est déjà en liesse et les premiers « blocos » s’animent.
Chaque année, c’est avec la même ferveur que la foule brésilienne rejoint les grandes villes pour célébrer le Carnaval.

Nous arrivons le 6 février à Rio. La ville se réveille à peine de sa première folle nuit de festivité. Nous traversons dans la chaleur matinale (déjà plus de 30 degrés a 7 heures du matin) des rues désertes, traversées uniquement de balayeurs libérant les pavés de leur gueule de bois.

Nous rejoignons des amis pour nous jeter dans notre premier bain de foule brésilien. Bain de foule, le mot est faible.

SearchLe carnaval de Rio s’articule autour de plusieurs événements. Les « blocos », officiels ou officieux, répartis dans toute la ville, sont des fanfares d’une dizaine de musiciens armés de trompettes, trombones, tambours et tambourins autour desquelles dansent des milliers de personnes. Cette foule avance lentement dans les rues selon un itinéraire bien défini. Le soir, les parades officielles défilent au Sambodrome. L’honneur des écoles de Samba est en jeu, chacune défend ses couleurs dans des costumes qui en revêtent mille. Mais l’accès à ce show est très cher et les blocos rassemblent la plupart des jeunes de la ville.

Iphoto 1l est 11h. Le thermomètre avoisine les 40 degrés. Nous sommes à la recherche de blocos officieux, le mot se passe dans le métro, dans la rue, « il y en a un qui part de la place Floriano, à midi ». On entend au loin les percussions d’une fanfare. Quand on s’approche on voit une immense foule avancer lentement au rythme de la samba jouée par l’orchestre qu’elle entoure. Cette foule ne ressemble à aucune autre. Ces milliers de brésiliens sont tous mieux déguisés les uns que les autres. La plupart des hommes obéissent aux règles de l’excentricité et du travestissement : imaginez des rugbymen déguisés en fées clochette, danseuses étoiles ou sirènes (beaucoup, beaucoup de sirènes en 2016!). Les femmes aussi sont au rendez-vous et tout y passe : Cléopâtre, Eve, vahinées… Ne vous avisez pas de venir habillés normalement, ni même habillés tout court d’ailleurs. La nudité est de rigueur. Maillots de bain à la limite. Dans cette foule compacte qui danse en avançant au rythme des percussions (ce qui ressemble davantage à un piétinement généralisé), les corps se touchent, se collent, les paillettes sont soufflées sur les corps des uns et des autres où la sueur les fera tenir jusqu’au lendemain, les maquillages perfectionnés sur les visages s’étalent au fil des embrassades plus ou moins farouches. Les brésiliens semblent connaître chaque chant sur le bout des doigts et les hurlent d’un même chœur. Un sentiment commun d’euphorie emporte chacun et la foule serpente lentement dans les larges avenues de Rio au milieu des buildings. On évite les stands ambulants de « aqua e cerveja » qui se perdent au milieu de la parade. Ici, la bière est plus désaltérante qu’enivrante et les musiciens en réclament pour continuer à jouer. La chaleur est accablante mais la foule ne semble pas s’en apercevoir et la gaieté de ce troupeau survolté n’en est en rien altérée. Pour nous la fascination est trop grande et un sourire béat ne quitte plus nos lèvres. On bénit notre grande taille pour survivre dans cette cortège bouillonnant et l’on veille à ne pas perdre Adèle de vue. Avec la barrière de la langue, toute discussion est rapidement avortée, les gens rient en voyant nos grimaces dubitatives après qu’il nous aient hurlé en portugais dans l’oreille. Les plus dégourdis s’agrippent aux grilles, montent sur les kiosques ou les échafaudages pour se déhancher effrontément et aux yeux de tous mais surtout pour saisir le meilleur point de vue sur ce défilé aux allures mystiques.

On survit dans cette ambiance électrique pendantimage2 deux ou trois heures, jusqu’à ce que nos jambes disent stop. On s’éloigne et une, deux rues plus loin, l’air et le calme reviennent et l’on peut déambuler entre les groupes d’amis heureux et épuisés. Les masques sont tombés, les chapeaux déplumés, les jupons déchirés. Chacun attend avec hâte de revêtir son déguisement du lendemain.

Astrid

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