Une demie heure dans un taxi bogotanais

Capture taxi

Il fait nuit. Bras tendu, nous sommes à l’affût. Avec le nombre de taxis circulant dans la capitale colombienne on ne devrait pas attendre bien longtemps. En effet, moins d’une minute plus tard un petite citadine jaune pile devant nous. On se précipite à l’intérieur pour ne pas faire attendre la file de chauffeurs derrière déjà cramponnés à leur klaxon.

A trois sur la banquette arrière de ce petit modèle de voiture commun aux taxis de Bogotá, on a le menton dans les genoux, mais pour le prix que l’on va payer, on ne bronche pas. On commence à tester nos souvenirs d’espagnol plus ou moins vifs en abordant joyeusement le chauffeur. C’est sans imaginer à quel point celui-ci va se prêter au jeu. Seulement, ici, la plupart des gens estime qu’un simple « Buenos dias » de notre part sous-entend que nous maîtrisons parfaitement la langue de Cervantès ce qui l’encourage à poursuivre ses discours à une vitesse folle.

Nous lançons donc José notre chauffeur, la soixantaine et déjà grand ami, sur le thème de la gastronomie locale. Que nous conseille-t-il ? Quels sont les plats typiques ? Il suffit d’une ou deux questions à peine et le voilà retourné à 180 degrés, nous faisant face pour mieux nous décrire avec un enthousiasme incomparable les plats incontournables de la région. L’ajiaco, les tamales, ou le chocolate con queso, un délicieux chocolat chaud dans lequel on fait fondre du fromage, tout y passe : « ma que deliciooooso ! No conocen ?! ». José a la fâcheuse tendance de joindre les gestes à la parole et ses mains ont du mal à toucher le volant. Sa voix rauque ne s’interrompt plus, et n’est entrecoupée que d’éclats de rire bruyants mais tellement communicatifs, même si nous ne saisissons pas la raison de la moitié d’entre eux.

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José à les yeux sur les menus colombiens plus que sur la route, mais tout paraît normal, il semble que la galanterie l’incite à se tourner vers ses passagères pour mieux discuter et transmettre les saveurs de son pays. Ne jetant un coup d’œil à la folle circulation qui nous entoure que de temps à autre, il parvient tout de même à se faufiler entre les files denses pour nous mener à bon port. Accélérations violentes, freinages brusques, coups de klaxon à la moindre impatience – à la seconde même où le feu passe au vert par exemple – notre chauffeur conduit « à la colombienne ». Dans une ville où ces petites voitures jaunes sont en général dépourvues de ceintures de sécurité, on espère en silence arriver en vie et on rit des manœuvres plus imprudentes les unes que les autres du chauffeur, ou du chauffard on ne sait plus très bien. Ici, les « Stop » comptent pour du beurre et chaque insertion ou changement de file ne méritent pas de coup d’œil préventif. Pour quoi faire ? Après tout, les voitures semblent habituées à ne rouler qu’à quelques centimètres les unes des autres. Les nombreux nids de poule ne sont que d’amusants obstacles à contourner, ici encore sans se méfier des voisins.

Nous arrivons finalement à bon port, et c’est plein de bienveillance que José nous dit avant que nous claquions la portière : « Faites attention à vous ici ! ». L’ironie est totale, mais en effet, on ne saurait y manquer.

Astrid

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