Auroville : Un quart d’heure de méditation dans la Chambre Intérieure du MatriMandir

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Il est 8h30 quand nous enfourchons nos mobylettes. Ce matin, nous partons méditer à l’intérieur du MatriMandir, littéralement le « Temple de la Mère », monument central et célèbre d’Auroville. Le soleil est déjà haut, on rejoint la route principale où les mobylettes et les rickshaws affluent à cette heure de pointe. Sur le chemin du lieu de rendez-vous, des vaches bossues traversent nonchalamment la route, des chiens se prélassent et se roulent dans la terre ocre sur laquelle nous roulons, sur le côté, des femmes en sari marchent avec leurs litres d’eau sur la tête, et des deux-roues nous klaxonnent et nous doublent. Ici, tout le monde n’est pas « Aurovillien », seuls 2000 personnes ont cette sorte de privilège, résultat d’une longue et fastidieuse démarche administrative et financière. Créée en 1968 sous l’impulsion de la « Mère Universelle », cette société expérimentale veut réaliser l’Unité Humaine, elle est composée pour moitié d’Indiens et l’autre motié sont des étrangers principalement Européens). Auroville abolit les concepts de propriété, de profits et de religion. Aucun culte n’est permis ici, on loue la spiritualité divine. C’est pour représenter cette sagesse métaphysique que le MatriMandir a été érigé entre 1972 en 2008.

Pour se dégoter des tickets pour visiter le MatriMandir, ce n’est pas une mince affaire : il faut prévoir de rester plusieurs jours à Auroville, venir une première fois pour regarder des vidéos sur sa construction et sur sa charte,  prendre des « pass » pour aller observer le MatriMandir depuis le point de vue des jardins, et enfin prendre rendez-vous pour aller méditer à l’intérieur du temple quelques jours plus tard.

Regroupées avec les heureux visiteurs du jour, nous partons en bus jusqu’à l’entrée des jardins où nous sommes accueillies par Jim, un Aurovillien britannique bénévole prêt à nous faire découvrir les secrets du Temple. Nous nous arrêtons une première fois au milieu des jardins parfaitement taillés et verdoyants, malgré la sécheresse de cette terre désertique, pour que Jim nous énonce les règles à respecter : enlever nos chaussures, rester en silence, ne pas tousser, méditer. Ça y est, nous nous apprêtons enfin à entrer dans ce Temple de la spiritualité.

IMG_7594Le MatriMandir ressemble de loin à une boule en or. On s’imaginerait facilement dans le décor « futuriste vintage » de la planète des singes ou de Star Wars I. En réalité, c’est plus compliqué : vu du ciel, le MatriMandir a la forme d’une fleur. Les douze pétales en brique rouge correspondent à douze salles de médiation représentant chacune un concept précis : le courage, la vérité, la certitude, la joie, la sincérité, etc. Au centre, se dresse le Temple, une sphère légèrement aplatie et recouverte de centaines de palettes rondes en or.

Notre guide nous emmène en silence sous la boule en or où l’on s’assied en cercle autour d’une fontaine de marbre blanc. Pendant ces quelques minutes de réflexion silencieuse, nous observons les visiteurs : quelques étudiants indiens venus pour la journée ne comprennent pas l’ambiance zen du lieu, ils s’agitent et regardent leurs montres ; d’autres touristes sont bien meilleurs élèves, ils se tiennent droits, en tailleur et les yeux fermés.

Un son retentit, on se lève en silence car nous avons enfin mérité d’entrer dans la Chambre Intérieure – the Inner Chamber – du Temple. En file indienne et en silence, nous suivons notre guide qui plonge dans la pénombre et la fraîcheur de l’édifice. Au premier étage, des Aurovilliens nous font asseoir pour que nous enfilions des chaussettes blanches afin de ne pas tâcher le blanc immaculé du lieu. Une fois vêtues, nous suivons la file indienne qui emprunte un escalier.

8531377_origComme dans une cité futuriste et utopique, nous avançons lentement le long de rampes circulaires, nous faisant monter dans cette immense sphère blanche à la lumière rose et tamisée. Arrivés à l’Inner Chamber, nous rentrons dans la pièce blanche et ronde, immaculée, sombre et entourée de 12 colonnes qui ne touchent pas le plafond : cette pièce a été construite suite à une vision de la Mère Universelle, la fondatrice d’Auroville. Des dizaines de coussins blancs sont placés autour des 12 colonnes : au centre, une boule de cristal est posée sur un socle et est éclairée par un faisceau de lumière solaire passant par le trou percé dans le toit du MatriMandir. On s’assied et la méditation commence. Le silence est total, impressionnant : assises en tailleur, nous fermons les yeux à l’écoute de notre respiration et essayons de vider notre tête de toute pensée intrusive. Après 15 minutes de méditation chronométrées par Jim, une lumière clignote 2 fois, et nous nous levons pour reprendre notre chemin – quelques paresseux ronfleurs se font réveiller en sursaut par les Aurovilliens présents.

Nous sortons, toujours en silence, du MatriMandir, méditant sur l’expérience que nous venons de vivre et sur l’absurdité ou l’exemplarité de cette société.

Léa

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