Une semaine chez les Missionnaires de Marie aux Philippines

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Notre première semaine aux Philippines dénote clairement avec le reste du voyage. Au départ, nous voulions rencontrer Sœur Sophie de Jésus, comme nous aurions rencontré n’importe quelle autre femme pour notre projet, convaincues que la voix religieuse, quelle que soit sa nature, a son importance pour l’aventure Celles de la Terre.

Mais les choses se sont présentées différemment : les sœurs nous proposent de vivre une semaine entière à leurs côtés, pour comprendre pleinement leur mission.

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Nous découvrons d’abord SOL (School of Life, « l’Ecole de Vie », un programme au sein d’ACAY, Association Compassation for the Asian Youth), une grande maison dans Manille où vivent une quinzaine de filles âgées de 15 à 20 ans, qui ont toutes connu un passé difficile (abandon, prison, abus, violence, catastrophe naturelle). L’objectif de l’Ecole de Vie, créée par les missionnaires de Marie, est d’offrir un foyer et de les aider à se reconstruire pour se préparer à la réinsertion dans la société, à travers différentes grandes étapes.

Ces étapes, qui durent plusieurs mois, consistent en un accompagnement visant à aider les filles à accepter leur passé pour mieux construire leur avenir. L’accompagnement des sœurs et de leur équipe est aussi bien psychologique, spirituel, scolaire que professionnel. Le but : permettre aux filles de sortir de l’école en étant autonome. Et cela passe par des choses très concrètes comme la gestion d’un projet, d’un budget, la préparation à des examens ou la préparation à des entretiens d’embauche.

Chez les sœurs, la politique n’est pas celle de l’apitoiement, ni de la compassion excessive. L’école de vie est une école exigeante qui demande aux filles d’accepter de se soumettre à des règles et de participer à la vie collective. Toutes les travaux intérieurs – cuisine, ménage, lessive – sont gérés par les filles, grâce à un système de roulement ingénieux. Ici, la paresse est bannie. Pour s’en sortir, il faut agir !

Nous partons ensuite vivre une semaine à Balanga, à trois heures de Manille, avec les garçons en plein « Crossroad », une étape fondamentale de leur accompagnement par les sœurs: deux semaines intenses durant laquelle une quinzaine de garçons âgés de 16 à 22 ans, juste sortis de prison ou encore détenus, vont, à travers différentes activités (ateliers, sport, réflexion, prière, cuisine etc), prendre la décision – ou non – de changer de vie. Cet engagement passe notamment par un plan d’action personnel défini qui sera présenté à la fin des deux semaines.

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Ici, les journées vont vite. Mais surtout commencent tôt. Lever 5h30 pour une séance de sport, petit déjeuner à base de riz, douche au seau, trainings pour les garçons, déjeuner, tâches ménagères, préparation du déjeuner, lessive, sorties, visites, retraites, prières, trek, puis dîner et à 22h, tout le monde au lit tant la journée a été intense.

Sœur Rachel, une néo-zélandaise qui a rejoint la communauté il y a 10 ans, nous explique le fonctionnement des journées ici, pourquoi les jeunes sont là. La majorité d’entre eux n’ont pas fini leur peine et retourneront en prison à la fin du Crossroad. Ils nous paraissent tous si jeunes et les imaginer en criminels nous est impossible. Mais comme nous expliquent les sœurs, avant d’êtres des coupables, ce sont surtout des victimes, victimes de la pauvreté, de la violence et de l’abandon. Chaque jeune a sa propre histoire et nous comprenons au fil des discussions avec les sœurs leur logique éducationnelle, leur flexibilité, ou leur lutte contre l’absurdité du système judiciaire aux Philippines.

Sœur Edith, une hongroise au regard pétillant, éduquée dans une école catholique sous le rideau de fer, raconte son travail avec les juges locaux pour faire avancer les audiences, faire en sorte que la loi soit appliquée correctement, ou même que personne ne soit oublié en prison, car oui, elle nous explique qu’aux Philippines, il est possible des rester des années en prison juste parce que votre cas a été oublié !

Très souvent, les sœurs proposent de revenir ensemble sur les événements de la journée. Dans ces moments de partage, nous découvrons la grande capacité des garçons – et nous avions observé la même chose chez les filles – à exprimer leur ressenti, chose pour laquelle nous ne sommes pas du tout habitués en France. « En occident, à force de rationalité, nous ne savons plus parler du cœur. » nous rappellent avec justesse les sœurs.

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Le vendredi soir, c’est le soir de Shabbat, une tradition juive conservée par les sœurs qui rassemble les garçons d’ACAY et les filles de SOL. Tenue correcte exigée. Nous revêtons notre t-shirt le moins sale et dénotons clairement avec les Philippins, tous sur leur 31. Chants en hébreux, partage du pain, musique… nous sommes vites intégrées dans cette tradition festive à laquelle nous participons avec joie.

Arrivées dans cet univers l’esprit curieux, nous repartons après une semaine le cœur grandi. Car Dieu n’est pas une idée mais bien une expérience du cœur, parfois discrète, souvent jamais nommée comme telle, mais toujours au delà des limites de l’esprit, de la culture et des traditions.

IMG_1258Adèle

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