Quatre heures coincées dans les bouchons de Nairobi

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Ca y est, cela fait bien 10 minutes que notre taxi est arrêté, au milieu de centaines d’autres comme lui, perdu dans une file interminable de véhicules à l’arrêt, en plein cœur de Nairobi. Il est 17h, la ville est bloquée.

Notre chauffeur nous demande si l’on veut descendre, nous faisant comprendre que nous sommes partis pour plusieurs heures à avancer à 3km/h. Nous restons car après tout nous avons le temps, nous trouvons que c’est une bonne façon d’observer la ville.

Nous longeons de grosses maisons, belles ou moins belles, mais toutes gardées et encerclées de fils électriques. Sur les murs qui les entourent, des milliers de petits bouts de verres multicolores dissuadent quiconque de s’introduire à l’intérieur. Cette obsession sécuritaire,  qui nous rappelle Sao Paulo, est le résultat direct de la peur engendrée par les récents attentats, comme celui de Westgate en 2014, un centre commercial où des dizaines de personnes ont été séquestrées puis massacrées.

Nous sommes toujours bloqués mais d’autres, plus audacieux, parviennent coûte que coûte à se frayer un chemin. A notre gauche, nous sommes doublés par des dizaines de matatus, ces petits van bondés qui sont le transport en commun le plus utilisé de la ville et qui n’hésitent pas à rouler sur le trottoir pour finir leur trajet et temps et en heure. Devant nous, des bodaboda, des moto-taxis, s’infiltrent entre les voitures comme des rats dans des canalisations exiguës. A gauche, un chauffeur de camion CMA-CGM, soupire en nous saluant. Il vient sûrement de Mombasa, la ville portuaire au sud du Kenya, nous explique notre chauffeur, la porte d’entrée commerciale pour toute l’Afrique. Les camions y chargent leurs conteneurs avant de prendre la route pour Nairobi, la troisième route la plus dangereuse du monde, où les véhicules vont à toute allure sans aucune restriction, avant de se retrouver bloqués dans les bouchons de la ville.

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Ah. Espoir. La route semble se dégager et la circulation reprendre. Notre chauffeur démarre à toute vitesse pour profiter de cette petite respiration du trafic. Cela durera exactement 3 minutes. De nouveau bloqués. La frustration est d’autant plus pénible que les piétons sur le bord de la route avancent à toute vitesse. ‘C’est ça le rythme Kenyan !’, s’exclame notre chauffeur, ‘ici quand on a pas d’argent, on marche, parfois 20km par jour’. La plupart sont en bottes et des traces de boue tachent leur pantalon de travail. Les infrastructures sont encore sommaires et la boue est partout, surtout dans les bidonvilles, où il n’y a ni route, ni trottoir. Goudron nulle part.  Un enfer les jours de pluie, très fréquents à Nairobi.

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Sur le bord de la route, des milliers de petits stands rudimentaires déploient leurs marchandises : vêtements, chaussures, vaisselle. Tout semble être d’occasion, à moins que cela ne soit la boue et la poussière sur les affaires qui donnent cette impression.

Cet infini marché où le troc et la négociation sont la règle contraste sans conteste avec l’énorme bâtiment beige foncé que nous apercevons à notre droite. Un mall géant comme il s’en fait partout dans le monde, trône indécemment de l’autre côté de la route. Le dispositif de sécurité déployé à l’entrée est grossier, presque grotesque. Un petit groupe de Wazungus, c’est à dire de blancs, et quelques d’Indiens, attendent de se faire fouiller leur sac avant d’entrer dépenser leur Kenyan Shillings dans ce temple de la consommation. Les Indiens sont installés dans le pays depuis la construction du chemin de fer à la fin du XIXème siècle, et depuis, possèdent la plupart des business du pays.

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Notre chauffeur, las des bouchons, met fin à notre observation silencieuse en murmurant un petit « Karibu », bienvenue en Kenyan, suivi d’un « Hakuna Matata », « prend la vie sans souci », et nous réalisons soudainement que nous sommes dans le pays du Roi Lion, mais bien loin de la savane et de Rafiki, engluées dans les bouchons de Nairobi…

Adèle

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