Quatre jours au vert dans le village reculé de Mushinaka dans la province de Kakamega

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Se mettre au vert et se déconnecter du monde extérieur ? Les packages bobos-vacances-écolo-sans-portable-ni-wifi à la française peuvent aller se rhabiller. Nous avons vécu l’expérience à la Kenyane.

Après 7 heures de bus depuis Nairobi, rythmées par quelques centaines de dos d’âne sur une immense route droite rejoignant Nairobi à Kisumu, nous arrivons sur les bords du Lac Victoria, frontière naturelle entre l’Ouganda, la Tanzanie et le Kenya. Nous embarquons dans un pick-up dernière génération avec Abraham, qui sera notre voisin pendant quelques jours, jusqu’au petit village de Khwisero, situé à une heure de Kisumu, dans le comté de Kakamega. On aperçoit à gauche l’embouchure du Lac Victoria, et des marchés improvisés tout le long de la route, jusqu’à un tournant sur une route en terre ocre parsemée de nids de poule que le pick-up emprunte jusqu’au village. Le pick-up nous dépose à Khwisero où nous continuons le chemin en boda boda – motos tout terrain, à travers les petits villages disséminés aux alentours. Avec nos gros sacs-à-dos et nos têtes de wazungus (blanches), on ne passe clairement pas inaperçues : les enfants et les passants sur le chemin de terre se retournent et nous saluent en criant. Nous voilà arrivées à Mushinaka.

Abraham nous montre notre hutte, dans laquelle nous allons nous installer pour quelques jours. Nous entrons dans une maison en terre, aux fenêtres fermées, composée d’une unique pièce carrée. Ce village n’a pas accès à l’électricité, et nous ouvrons donc nos volets pour faire le tour du propriétaire. La décoration est simple mais tout à fait charmante : une table basse est entourée de deux fauteuils et un canapé sur la gauche, deux lits sous moustiquaire sont cachés par des cloisons de terre au fond de la hutte.

IMG_2183Nous cherchons à en savoir plus sur ce village et son fonctionnement. On part à la rencontre des habitants du village, qui rythment chaque fin de phrase d’un « Karibu » bienveillant, voulant dire à la fois « Bienvenues » et « Je vous en prie ». Le village de Mushinaka est en fait peuplé principalement de la grande famille d’Abraham, issue de la tribu des Luya – cousins, oncles, frères qui se sont mariés avec des femmes d’autres villages et qui ont décidé de rester vivre ici – et chaque foyer nous invite à prendre le thé et manger une banane de leur jardin.

Le soleil se couche déjà et malgré le manque d’électricité, les huttes s’allument aux lampes solaires. Abraham nous invite à dîner dans sa hutte, voisine de la nôtre, et nous accueille d’un « Karibu » depuis son fauteuil. On s’assoit toutes les trois autour de lui, Abraham amène une cuve en cuivre et de l’eau bouillante pour nous laver les mains. Sa femme Rebecca, déjà mère de quatre enfants dont le dernier est né il y a tout juste 2 semaines, apporte le dîner qu’elle a concocté dans la petite hutte d’à côté, au feu de bois, sans cheminée. On découvre les plats avec appétit : de l’ugali – farine cuite à l’eau et servie sous forme de boule, des lentilles et des flageolets, des matoke – bananes plantains servies avec des pommes de terre, des chapati – pain indien, et des bananes du jardin. Plusieurs sujets de conversations s’enchaînent au cours des repas que nous partagerons avec Abraham et nous permettent d’en apprendre plus sur la société Kenyane, ses perspectives futures et ses défis du quotidien : les tribus ethniques, les problèmes politiques, les relations diplomatiques avec la Somalie, les relations hommes/femmes, la religion, le problème de dopage des sportifs… Chaque repas est l’occasion d’approfondir ces sujets de société et de découvrir nos pays respectifs.

IMG_9153Parées de nos plus belles bottes de pluie noires en plastique Made in Kenya, on passe nos journées à suivre Abraham dans les champs et à l’aider pour ses petits travaux quotidiens. Comme la plupart des habitants de ces villages agricoles, Abraham alterne entre le travail dans les champs, le repos et le thé. On l’aide notamment sur les travaux faciles, pour des novices comme nous : on arrache les mauvaises herbes autour des plantations de poivrons et de haricots, on pompe l’eau de la rivière à l’aide d’une pompe manuelle construite un peu comme un vélo, on arrose la serre où sont plantés tous types de légumes, on s’arme de machettes aiguisées pour retirer les feuilles sèches des bananiers et permettre aux troncs de respirer, on trait les vaches à 17h pile avant de cuire le lait pour l’ajouter au thé de la fin de journée…

Pour ce village loin de tout, sans eau courante, la saison des pluies est à la fois une bénédiction et une malédiction. Bénédiction car la pluie arrose les champs et les plantations, et remplit les énormes bidons d’eau que les villageois utilisent pour se laver, faire la vaisselle, etc. Malédiction car la pluie fait déborder la rivière avoisinante et noie parfois des champs de maïs, gagne-pain de ce village agricole.

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Les habitants de Mushinaka forment une grande famille et mènent une vie tranquille et paisible, au fil des saisons (du changement climatique aussi) et surtout en fonction du soleil. Une grande famille qui ne changerait son rythme de vie pour rien au monde.

Après quelques jours déconnectés du monde, rythmés par les travaux agricoles, de longues sessions lecture, des balades dans le village à la rencontre des habitants, des jeux avec les enfants du village et mille découvertes sur le Kenya, on embarque en boda boda et on quitte avec un pincement au cœur ce havre de paix qu’est Mushinaka.

Léa

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