20 heures dans le passé à bord du train Nairobi-Mombasa

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535 km séparent la capitale kenyane de Mombasa. Nous avons décidé de prendre un des moyens les plus lents pour relier les deux villes : le train colonial dont la construction date de 1903. Les colons anglais ont fait venir de la main d’œuvre d’une de leurs autres colonies, l’Inde, pour relier Mombasa à Kampala en Ouganda. Par milliers, des Indiens se sont donc attelés à la construction de ce « railway », au milieu de rien, ou plutôt au milieu de la savane. La savane hostile. 28 de ces ouvriers ont trouvé la mort, dévorés par des lions pendant la construction. De cette exploitation de main d’oeuvre indienne a découlé l’autorisation du gouvernement anglais de prendre la nationalité kenyane aux Indiens qui le souhaitaient. Cette population est aujourd’hui représentée en très grand nombre au Kenya.

Trop vétuste, ce train sera mis hors d’activité dans huit mois. Ce sont les Chinois cette fois ci qui construisent la nouvelle voie qui reliera les deux villes.

Lorsque nous arrivons à la gare, on ne se doute pas encore de la lenteur que prendra notre embarquement ! Prévu initialement à 19h, le train n’a pas encore été « préparé », ce qui n’a l’air de presser personne. Prenant notre mal en patience, nous attendons sur le quai de la gare, dans la pénombre. La gare est très « vintage », on se croirait dans les années 50. Il n’y a que quelques quais et un seul train. Quelques minutes plus tôt nous avons acheté nos billets à un guichet en bois, derrière des barreaux. Ici, pas d’ordinateur, que des billets papiers, de l’encre, des tampons et des agrafes.

Il est 23h quand nous pouvons finalement embarquer. Une dizaine de personnes tout au plus montent avec nous. Nous découvrons notre couchette, tout le confort est là, quatre couchettes avec un lavabo vétuste. Nous découvrons aussi celui qui nous servira de garde pendant le voyage. Fusil à l’épaule, il a l’air très sûr de lui, on est moins sures du danger réel qui nous guette, mais un grand sourire suffit à le remercier.

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C’est l’heure du dîner, nous nous rendons dans le wagon restaurant, où « comme dans les films » le couvert est mis entre des banquettes en cuir qui se font face. Le tout est moins luxueux que dans James Bond mais l’essentiel y est. Les nappes, bien que tachées sont étendues, les serveurs, bien qui tirés à quatre épingles ne trompent personne quand ils arrivent avec de grands plats de cantine et le bruit des portes de jonction entre les wagons qui claquent est assourdissant. L’essentiel reste que quatre gardes, mitraillette entre les genoux, dinent à nos côtés, nous sommes rassurées.

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On s’endort au rythme des cliquetis des rails et le train s’enfonce lentement dans la nuit.

IMG_9359Le soleil est déjà levé quand nous nous réveillons, nous sommes au milieu du parc Tsavo, la plus grande réserve naturelle du Kenya. A gauche comme à droite s’étendent des plaines à perte de vue. Des plaines arides parsemées de buissons épineux et d’arbres secs. L’herbe est parfois haute, parfois rase, toujours du même jaune pâle. Le vent soulève la poussière rouge de la terre, qui pénètre dans le wagon. On observe parfois au loin des troupeaux d’éléphants, de zèbres ou quelques girafes. Le garde du wagon nous appelle dès qu’il voit quelque chose au loin et nous accourons comme des enfants. Le monde du roi lion revient vite à nos esprits, on apprend notamment que plusieurs noms des personnages de Disney sont directement tirés du swahili : « Simba » veut dire lion, « Rafiki » ami et « Pumba » phacochère par exemple. L’air est de plus en plus chaud à mesure que nous nous rapprochons de Mombasa. Le soleil haut fait monter la température du train et l’air sec et poussiéreux rendent le wagon suffoquant. Nous quittons peu à peu le haut plateau qui compose tout le Kenya pour rejoindre la mer.

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Nous arrivons bientôt à Mombasa, premier port d’Afrique de l’Est. Le long de la voie commencent à s’aligner les conteneurs. Les femmes sont voilées. L’influence arabe – des commerçants venus d’Oman au XIXème siècle – est frappante et contraste largement avec Nairobi. Les monuments sont arrondis, les portes en arabesque, les toits plats sont des terrasses, les « Jesus is my Lord » sur les Matatus sont vite remplacés par les « Masha’allah », les enseignes sont traduites en arabe. Il fait chaud. Quel dépaysement, on se croirait dans un pays différent de celui que l’on vient de traverser.

Le train viellissant nous dépose donc en son terminus. Il repartira dans la soirée pour un de ses derniers voyages.

Astrid

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