Adama Gning Diop – Dakar, Sénégal

Au Sénégal, Adama est un prénom donné aux hommes comme aux femmes. En arrivant dans le cabinet d’Adama installé en plein cœur de Dakar Plateau, les patients qui ne la connaissent pas sont souvent surpris de tomber sur une femme cardiologue. Adama préfère prendre cette réaction à la rigolade et termine parfois ses consultations par un « Alors, vous auriez peut-être préféré être ausculté par un vieux monsieur ? », avant que sa patientèle finisse par avouer qu’une femme médecin est souvent plus sensible et plus à l’écoute.

Adama1Née en France mais ayant grandi au Sénégal, Adama a quitté son pays de cœur après le bac pour aller étudier la médecine à Bordeaux.

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C’est un rêve d’enfant. Comme pour la plupart des gens, c’est vraiment une vocation.

Elle souhaitait au début se spécialiser en chirurgie, jusqu’à ce qu’on lui fasse comprendre que ce n’était vraiment pas une spécialité pour une femme. Elle a finalement choisi de se spécialiser en cardiologie, de passer l’internat en France puis de rentrer au Sénégal, car elle sentait qu’elle avait beaucoup à faire ici.

Dès son retour au Sénégal, après 10 ans d’études difficiles et prenantes, Adama, alors jeune maman, décide de prendre une année sabbatique pour souffler et s’occuper de son premier enfant. L’envie de pratiquer est rapidement revenue et les difficultés ont commencé à se présenter.

S’installer au Sénégal en tant que cardiologue était un vrai challenge. Au moment où j’ai voulu avoir quelque chose de plus formel, un cabinet, je pense que je n’avais pas les bonnes entrées, je n’avais pas tout à fait compris comment ça fonctionnait ici. J’ai reçu quelques claques.

C’est finalement sa mère dentiste installée en libéral qui lui propose une place dans son cabinet, où elle s’installe immédiatement avant de commencer à imaginer les choses en plus grand.

L’envie d’entreprendre, de moderniser, d’agrandir, est vite venue. C’est de cette façon que d’un cabinet dentaire, on est passés à un cabinet pluridisciplinaire. Maintenant, c’est peut- être l’âge, je commence à voir un peu plus grand.

Outre les aspects liés au traitement des maladies et à la prévention de celles-ci, Adama consacre une partie de son emploi du temps aux enfants souffrant de cardiopathies.

Suite à ses études et à ses débuts en France, notamment à Necker, où on fait « ce qu’il y a de mieux, le nec plus ultra »,  Adama a débarqué à l’hôpital Fann, d’après les conseils de plusieurs chefs de service, où un centre de chirurgie cardiopédiatrique était en train de se créer.

Elle a décidé de s’engager dans cette lutte après avoir vu « les deux côtés ». D’un côté, dans un milieu privilégié tel que l’hôpital Necker, les nouveau-nés souffrant d’une cardiopathie sont souvent opérés et soignés très rapidement après la naissance car les médecins avaient pu prévoir ces maladies. De l’autre côté, au Sénégal, il est plus difficile de traiter de la sorte les nouveau-nés avec la même maladie.

Quand on a vécu cette expérience en France et qu’ici, on se rend compte que des enfants qui naissent avec la même pathologie meurent parfois, simplement parce qu’ils ne sont pas nés au bon endroit, ça me dérange beaucoup. Inconsciemment, ça a un peu guidé mon choix d’exercer ici, je n’aime pas l’injustice.

 

Femme citadine Dakaroise, Adama considère avoir une vision limitée de la femme Sénégalaise mais nous assure du courage de ces femmes.

Je trouve qu’elles se battent beaucoup, avec leurs armes. Même si elles ne sont pas instruites, elles trouvent les ressources pour faire vivre leur famille, pour avoir un petit métier et avoir des revenus.

Et elle souligne l’entrepreneuriat à toutes les échelles chez les femmes Sénégalaises :

La plupart des femmes ont des petits commerces, vendent des fruits, fabriquent des beignets, font des choses qui leur apportent pas grand-chose, juste de quoi assurer la dépense quotidienne. Les femmes citadines sénégalaises sont très braves malgré les difficultés liées au genre, en restant féminines, en tenant leur rôle de femme aussi.

Frappées par l’importance de la spiritualité au Sénégal et par la présence en parallèle de grigris et d’images de marabouts sur les murs, nous demandons à Adama son avis, en tant que médecin, sur ce paradoxe entre religion et superstition.

Je suis médecin, c’est vrai. Je suis africaine avant tout, Sénégalaise plus spécifiquement. Je pense qu’il y a des choses qui sont inhérentes au fait d’être africain, avant même la religion : on a des cultures, des croyances ancestrales.

Elle croise souvent des personnes qui ne croient pas à la médecine moderne mais qui ont des croyances. Elle en avait croisé également en France pendant son internat.

Je suis assez ouverte ! Je ne pratique que la médecine moderne, je suis formée pour prescrire des médicaments, je n’ai pas d’autre traitement à proposer. Si vous voulez un avis autre que cardiologique, faut aller voir ailleurs !

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