Amina Slaoui – Casablanca, Maroc

La vie est trop courte pour se prendre au sérieux. La preuve !

On ne contrôle rien. J’étais très bien, et en 5 secondes, ma vie a basculé. Tout a changé et rien n’a changé en même temps. On ne maîtrise rien, du coup j’ai lâché prise sur plein de choses. Demain, arrivera ce qui arrivera, je m’adapterai. La vie c’est l’adaptation.

IMG_4938Amina Slaoui est paraplégique depuis 24 ans suite à un accident qui lui a fait perdre l’usage – la mobilité et les sensations – de ses jambes. Elle nous accueille en chaise roulante, au Centre hospitalier de rééducation NOOR de Casablanca.

En 1992, Amina a eu un accident de bicyclette qui a bouleversé sa vie et la conception qu’elle en avait : coup de malchance, elle est tombée d’un pont et est devenue paraplégique. Pendant les 6 mois qui ont suivi cet événement, Amina a suivi un programme de rééducation aux Etats-Unis puis en France avant de rentrer au Maroc, dans un fauteuil.

A la suite de l’accident, j’ai dû accepter. Accepter de faire le deuil : deuil de mes jambes, deuil de ma vie d’avant… Mais je voulais absolument continuer à vivre, même en fauteuil : je nage, je conduis, je voyage, je monte à cheval ! J’ai ouvert les yeux sur un sujet que je ne connaissais pas et que je vivais : le handicap.

Amina a vécu ses 6 mois de rééducation comme une libération qui a pu la rendre autonome et indépendante malgré ce handicap avec lequel elle devait apprendre à vivre. Le kinésithérapeute est un vrai coach de vie. Mais dès son retour au Maroc, elle s’est rendue compte qu’il n’y avait pas de structures similaires et qu’il était crucial d’y construire un centre de rééducation, pour apprendre à vivre avec son handicap.

Aujourd’hui, Amina est la présidente du groupe AMH – Amicale Marocaine des Handicapés – créée en 1992 par des personnes en situation de handicap. Un an après son accident, Amina a rejoint l’AMH pour les aider à se développer au Maroc : gagner en visibilité grâce à une bonne communication et à l’expérience passée d’Amina dans ce milieu, organiser des Téléthons pour lever des fonds, s’entourer des bonnes personnes pour construire le premier centre de rééducation du Maroc… Cependant, quand ils ont commencé, on leur disait souvent : « Vous êtes 5 personnes, vous n’avez pas d’argent, vous êtes handicapés, et vous pensez pouvoir construire un centre de rééducation ? ». Personne n’y croyait.

Malgré les difficultés, l’AMH a connu une vague de solidarité générale, et en quelques années, le projet a vu le jour et le premier centre de rééducation a été construit à Casablanca.

Aujourd’hui, le Centre NOOR s’occupe de plus de 3000 patients par an, soigne des patients tous les jours et a une capacité d’accueil de 80 lits. Le système de paiement fonctionne à l’équilibre et permet au Centre de prendre en charge des personnes handicapées et en situation de précarité : en effet, aujourd’hui on compte un non-payant pour cinq payants – personnes assurées ou assez aisées pour se soigner et participer aux soins de personnes qui n’ont pas les moyens. En plus du centre, l’AMH propose également d’autres services pour aider à l’insertion scolaire, professionnelle…

Depuis 24 ans, Amina se lance des défis qu’elle cherche à relever tous les jours pour améliorer la vie des personnes en situation de handicap. D’une nature hyperactive, elle nous raconte quelques-uns des projets qu’elle a pour le futur de l’AMH et du Centre NOOR, notamment pour aider les enfants handicapés à aller à l’école, pour lancer une start-up de fabrication de fauteuils roulants gérée par une équipe d’entrepreneurs en situation de handicap, pour construire un centre pour les personnes âgées…

Il faut oser, il ne faut pas avoir peur. La peur de l’avenir et d’entreprendre est normale, chacun la vit. Il faut la laisser de côté et se lancer. Même si ça ne marche pas, so what ? Il faut essayer et se faire confiance.

Amina n’a jamais voulu s’apitoyer sur son sort et a toujours croqué la vie à pleine dents. Elle est très reconnaissante envers Cosette, qu’elle a rencontrée en rééducation à Montpellier : une femme tétraplégique, d’environ 40 ans, habillée en jupe, portant des grandes boucles d’oreille et très maquillée. Cosette lui a redonné confiance en la vie, elle lui disait « Tu es une femme ! Il faut que tu sois comme une femme, que tu t’habilles, que tu te maquilles, que tu sois dans la séduction. Ce n’est pas parce que tu es dans un fauteuil que tout s’arrête. ».

Pour la dernière interview de Celles de la Terre, Amina nous a livré un magnifique témoignage de force et d’espoir, de courage et d’audace.

La vie est belle, on n’en a qu’une. Il y a des accidents de parcours mais il faut capitaliser là-dessus. Mon accident, j’en ai fait une force.

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