Bai Linda – Manille, Philippines (English + Français)

—- Version française en dessous —-

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Bai Linda is the perfect example of the complexity of the Philippines, the huge archipelago populated by more than 110 million inhabitants, with a Muslim minority mainly living in the south part of the country, Mindanao, in the grip on intern and independentist conflicts.

A warlike childhood in Mindanao

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At the age of 5, my Dad brought me to the mountains with other men, he gave me a gun and told me : Shoot.

Since her early childhood, Bai Linda has been growing up in a warlike atmosphere in Mindanao, the war zone of the Philippines, with a community gathering her family and other rebel groups. Her father was a high-ranked commander and he taught her his deep values :

Even if you’re a woman, you have to fight like a man, you have to fight the government to make Mindanao independant.

She was convinced that her country, the Philippines, was not in favor of the Muslims and did not accept them on its territory, and she never thought of her tomorrows, as she was always wondering about what her father used to say : « You should be strong, you should fight, even if you die, because this country is not in favor of the Muslims ».

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Dreaming about war and revenge

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When we ask her to tell us what she was dreaming about when she was young we were naively expecting classic child dreams.

When she was 10, she had three precise dreams :

I had 3 dreams : I want to become a commandor, I want to become a chop-suiter to find that man who killed my uncle, and I want to have a lot of men under my command. 

As she was traumatized when her uncle died, murdered right in front of her, she finally managed to fulfill her three dreams at the age of 14. Therefore, when she turned 14, Bai Linda took command of an independentist army and fought in the mountains of Mindanao.

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A growing curiosity : going to school

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However, she feels a little jealous when she meets other children of her age who are going to school, with books in their hands. Even if she is young, she understands that, to protect herself and to avoid being threatened, she should not say who her father is, but she would like to go to school and learn. When she turned 14, she did not know yet how to read nor write her name : her mother accepted to teach her the very basis to enable her to go to school with pupils of her age.

This curiosity to learn is going to calm her desire of war : she discovers reading and spends a lot of time at the library :

I love reading books, I love to learn. So I went to the library and I saw this big old book : it was a Bible. No one touched it, I said I want to read that book. I was refused to take it : why can’t I read that book ? I went back to the library and I stole it. I went home, it is not good to steal but I needed to read it.

As she read this new holy book, Bai Linda discovered the Bible and the Coran were not that different.

Reading that Bible made me more Muslim, and more understand about my religion.

From that moment, Bai Linda completely shifted.

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A strong desire of repentance

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Today, Bai Linda lives in Manila and works at Gawad Kalinga as an area coordinator : she fights against poverty, for her country, for her people, for education, for peace. Within Gawad Kalinga, she is in charge of negotiating with local councils, communities, of finding new volunteers and taking care that the spirit of Gawad Kalinga is well respected.

Here in Gawad Kalinga, it is fulfilling to help without waiting anything, loving people with no boundaries of religion, etc. Today I respect them, and they respect me.

Her dream changed a lot : today, she dreams to live in peace in her own country in which she can walk with the pride of being a Muslim, wearing the hijab. She wears the hijab to show the others she is accepted and appreciated as being herself.

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Don’t be a burden to your country, be a solution to your country. I was a burden for many years, I don’t want to be a burden anymore.

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Version française : 

IMG_9984Bai Linda est l’illustration de la complexité que représentent les Philippines, cet immense archipel peuplé de plus de 110 millions d’habitants à majorité catholique et à faible minorité musulmane, dont les fidèles sont principalement regroupés sur la partie sud du pays, Mindanao, en proie aux conflits internes et indépendantistes.

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Une enfance guerrière à Mindanao

 

A l’âge de 5 ans, mon père m’a emmenée dans les montagnes avec d’autres hommes, il m’a donné une arme et m’a dit : Tire.

Dès son plus jeune âge, Bai Linda a grandi dans une atmosphère belliqueuse à Mindanao, la zone en guerre des Philippines, au sein d’une communauté formée par sa famille proche et d’autres groupes rebelles indépendantistes. Son père était à la tête d’une grande armée indépendantiste et lui a rapidement inculqué ses valeurs les plus chères :

Même si tu es une femme, tu dois te battre comme les hommes, tu dois te battre contre le gouvernement pour rendre Mindanao indépendant.

Persuadée que son pays, les Philippines, ne considérait pas les Musulmans à leur juste valeur et ne les acceptait pas sur son territoire, Bai Linda ne s’est jamais souciée du lendemain et se disait toujours, en reprenant les mots de son père :

Il faut que tu sois forte, que tu te battes, même si tu meurs, car ce pays n’accepte pas les musulmans.

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Des rêves de guerre et de vengeance

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Lorsqu’on lui demande de nous raconter de quoi elle rêvait quand elle était petite, nous nous attendons naïvement à des rêves classiques qu’une jeune fille peut avoir.

Elle nous répond pourtant qu’à l’âge de 10 ans, elle avait 3 rêves bien définis :

J’avais 3 rêves : je voulais être commandante d’une armée, je voulais venger mon oncle, et je voulais avoir beaucoup d’hommes sous mes ordres.

Traumatisée par la mort de son oncle, assassiné sous ses yeux, elle parvient à 14 ans à atteindre ses 3 rêves de petite fille. A 14 ans, Bai Linda prend la tête d’une armée indépendantiste et part se battre dans les montagnes de Mindanao.

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Une curiosité croissante d’aller à l’école

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Pourtant, elle ressent une pointe de jalousie en observant les enfants de son âge qui vont à l’école avec des livres sous le bras. Elle comprend très jeune que pour éviter d’être menacée, elle ne doit pas dévoiler l’identité de son père, mais ressent malgré tout cette curiosité vis-à-vis de l’école et de ce qu’on peut y apprendre. A 14 ans, elle ne savait toujours pas lire ni écrire son prénom : sa mère accepte de lui apprendre les bases afin qu’elle puisse rejoindre une classe avec d’autres enfants de son âge.

Ce désir d’apprendre va apaiser ses rêves de guerre : elle découvre la lecture et passe beaucoup de temps à la bibliothèque de son lycée.

J’adore lire, j’adore apprendre. Je suis allée à la bibliothèque et j’ai vu ce vieux livre : c’était une Bible. Personne ne la touchait, j’ai demandé à la lire. On m’a dit non : pourquoi ne puis-je pas lire ce livre ? Je suis retournée à la bibliothèque et je l’ai volée. Je suis rentrée chez moi, c’est mal de voler mais je voulais lire ce livre.

En lisant un nouveau livre sacré, autre que le Coran qu’elle connaissait déjà, Bai Linda a découvert que ces deux livres n’étaient pas si différents que ça : les histoires, les leçons à en tirer, etc. sont semblables.

Lire ce livre m’a rendue plus musulmane, et m’a fait mieux comprendre ma religion.

A partir de ce moment-là, Bai Linda a complètement changé.

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Un fort désir de se repentir

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Aujourd’hui, Bai Linda vit à Manille et travaille à Gawad Kalinga comme coordinatrice de secteur : elle se bat contre la pauvreté, pour son pays, pour ses concitoyens, pour l’accès à l’éducation, pour la paix. Au sein de Gawad Kalinga, elle s’occupe de négocier avec les conseillers locaux, les communautés, de trouver et rassembler des volontaires, et de s’assurer que le mouvement Gawad Kalinga est bien respecté.

Ici, à Gawad Kalinga, c’est très enrichissant d’aider sans rien attendre en retour, d’aimer les personnes sans frontière de religion, etc. Aujourd’hui, je les respecte et ils me respectent.

Son rêve a bien changé : elle rêve aujourd’hui de vivre dans un pays en paix dans lequel elle peut être fière d’être Musulmane, en portant le voile, n’importe où elle va. Elle porte le voile pour s’assumer musulmane, pour montrer aux autres qu’elle est appréciée en tant que musulmane.

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Ne soyez pas un poids pour votre pays, soyez une solution. J’étais un fardeau pendant des années, et je ne veux plus l’être.

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