Delphine Horvilleur

Ne dites jamais que vous avez dit votre dernier mot.

delphine horvilleurDelphine Horvilleur est l’une des trois femmes rabbins de France. Elle a d’abord étudié la médecine en Israël, a été journaliste à France 2, avant de rejoindre à New York un séminaire rabbinique. Elle officie au sein du Mouvement Juif libéral de France, dans le 15e arrondissement de Paris.

Celle dont « le rabbinat est construit de toute la géographie et de tous les virages de [son] passé » nous exhorte à ne jamais avoir tout dit de nous, mais de se réinventer toujours. Voici quelques extraits de notre rencontre…

Recommencer ailleurs…

Je crois que ce dont je suis fière c’est de ne pas avoir eu peur de recommencer. A différents moments de ma vie, tout à coup j’ai senti que ce n’était pas la voie juste pour moi, qu’il y avait une dissonance, je n’étais pas exactement là où je devais être et je suis heureuse d’avoir trouvé la force de dire : « Je vais recommencer ailleurs », de changer complètement de voie ou de pays.

L’ambition c’est avoir le culot, la chance, la bénédiction de croire qu’on peut encore être autre chose. C’est se dire qu’on peut encore se réinventer, qu’on n’a pas dit le dernier mot sur soi, sur son identité, sur ses rêves.

Notre système éducatif  en France ne favorise pas particulièrement un enseignement à ne renoncer à rien et à croire qu’il pourrait en être autrement.     Il faut enseigner à toute une jeune génération qu’il est extrêmement handicapant dans la vie de renoncer à ses rêves.  Ce qui vous porte, c’est de garder la force de croire que vous allez apporter du nouveau dans la vie, qu’il y a quelque chose d’inédit qui vous attend.

 

L’identité créatrice

Dans le temps que l’on est en train de vivre, de repli identitaire, de fixation sur les appartenances, il est extrêmement important de se souvenir que l’identité c’est beaucoup plus ce qu’on pourrait être que ce que l’on a été. Notre identité devrait toujours être lié à ce qu’on pourrait créer, ce à quoi on pourrait donner naissance, beaucoup plus que ce qui nous a donné naissance. Certes on est construit d’un héritage, d’une filiation, mais souvenons-nous que l’on ne doit pas être défini par cela, mais que l’on reste toujours à être. L’identité c’est tout sauf quelque chose d’identique à ce qu’on a reçu.

La féminisation d’un milieu

Il est difficile de ne pas essentialiser le féminin. Très souvent les gens me disent : « Vous êtes une femme dans une position longtemps occupée par les hommes, est ce que cela veut dire nécessairement que vous faites les choses de façon plus féminine ? », en général il sous entendent : « Est ce que vous êtes plus à l’écoute ? Est ce que vous êtes plus empathique, plus douce ? ». Il ne faut pas essentialiser ce que notre sexe dit de nos attributs et de notre nature. Cependant,  j’ai la conviction que quand des femmes accèdent à des positions longtemps réservées aux hommes, c’est toute la fonction qui change. Dans le rabbinat par exemple, le fait qu’il y ait des femmes fait que mêmes les hommes rabbins exercent différemment leur fonction. L’arrivée du féminin dans une sphère où il n’avait pas sa place enrichit considérablement tout cet espace. Il y a d’un coup un dialogue différent entre le féminin et le masculin, les hommes peuvent investir des éléments uniquement féminin et les femmes peuvent investir des attributs habituellement masculins. C’est un enrichissement pour tout le monde quand on fait de la place à l’autre.

 

Le féminisme 

Je suis parfois troublée de voir qu’une génération plus jeune que la mienne ne se revendique pas du tout féministe. Je pense qu’il est encore complétement d’actualité de lutter pour cela. Il y a même un certain retour de valeurs patriarcales dans la société, notamment dans les sociétés religieuses. Il est d’ailleurs troublant de voir que bien souvent les filles sont plus traditionnalistes  et conservatrices que leurs mères qui, elles, ont revendiqué l’égalité des droits. La nouvelle génération doit trouver ses marques à elle et de prendre conscience que ce n’est pas une lutte du passé mais qu’il y a encore énormément de choses à faire dans ce domaine. Ce n’est pas que un combat de femmes, mais d’hommes et de femmes côte à côte pour le bien de tous et l’enrichissement de toutes nos sphères de pensée.

 

Delphine Horvilleur, rabbin à l’emploi du temps de ministre, nous rappelle avec philosophie l’importance de repenser toujours ses choix et de ne pas craindre un renouveau. « Dans la religion juive, dit-elle, nous avons une phrase disant qu’il n’est pas grave de ne pas avoir de réponse, tant que nous avons les questions ».


ANECDOTE DE RABBIN

Je raconte souvent une anecdote de mon passé, concernant mon grand père paternel qui a eu une place considérable dans ma vie de petite fille, c’était un modèle un peu pour moi. C’était peu avant que je passe le bac, quand je pensais devenir médecin. Un jour il m’a demandé ce que je voulais faire. Après avoir écouté ma réponse, il y eut un silence et il me dit « Ah, c’est bizarre j’aurais imaginé quelque chose d’autre pour toi ». Il n’a pas voulu me dire quoi. Je lui en ai beaucoup voulu, j’avais l’impression qu’il piétinait mes rêves, qu’il ne reconnaissait pas mes ambitions. Il est décédé quelques mois plus tard. En fait il m’a fallu des années pour comprendre à quel point cette petite phrase avait été une chance considérable dans ma vie. A cet instant il me disait « Tu sais, ce n’est pas définitif » et en réalité on peut toujours imaginer autre chose, on peut toujours penser qu’il existe une autre possibilité pour soi et qu’on n’est pas arrivé, on est toujours en chemin vers une identité qui reste à être définie.

 

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