Ginna Morelo – Bogotá, Colombie

IMG_9938Un soir de semaine après le travail, Ginna Morelo – petit bout de femme de 40 ans avec des bagues sur les dents, signe de réussite sociale en Amérique Latine – nous accueille dans les locaux d’El Tiempo, maison éditoriale rassemblant plusieurs médias, journaux, chaînes télé etc. Cette journaliste à l’agenda de ministre dirige aujourd’hui l’Unité de données du journal El Tiempo, soit le département dédié à la recherche, la collecte, l’analyse et la transmission de données au sein du journal, après avoir été pendant des années reporter de guerre dans sa Colombie natale, en proie aux conflits internes depuis plus de 50 ans.

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Une vie quotidienne rythmée par le conflit

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Originaire de la région de Córdoba, au nord de la Colombie sur la côte caribéenne, Ginna a grandi dans un climat de conflit perpétuel dû au palamilitarisme et aux guerrillas, rythmé par des mauvaises nouvelles au quotidien : assassinats de penseurs, d’auteurs, d’éleveurs, ou d’innocents qui réclamaient simplement leur terre.

Issue d’une famille pauvre attachée aux valeurs de l’histoire colombienne, l’importance de la connaître et de la transmettre, Ginna s’est forgée ses propres convictions à travers l’étude et la lecture qu’elle a découvert vers 15 ans grâce aux livres de Gabriel Garcia Marquez. Elle y a notamment découvert la valeur des mots, de la communication et du partage, qu’elle retrouve aujourd’hui dans le journalisme.

Etudier et lire, c’est ce qui m’a donné la force de me rapprocher de ces sujets, de faire des recherches, d’utiliser le journalisme pour créer des relations avec les gens, parler avec eux.

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Un rêve, une passion : le journalisme

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Son rêve de petite fille ? Elle nous répond en riant que quand elle était encore plus petite qu’elle ne l’est aujourd’hui en taille, elle rêvait d’être anthropologue. En devenant journaliste, elle a quasiment atteint son rêve puisqu’elle considère étudier chaque jour les êtres humains et les relations qui les animent.

Elle se consacre entièrement à sa passion, le journalisme, et s’intéresse surtout aux thèmes pour lesquels elle a une profonde conviction : les droits de l’homme. En tant que journaliste / reporter de guerre, Ginna considère avoir une responsabilité à transmettre, à révéler et à partager auprès des citoyens. Aujourd’hui, au sein de l’Unité de données – Periodismo de datos – elle trouve une nouvelle forme d’épanouissement en pleine révolution digitale du journalisme : en travaillant avec des ingénieurs, designers, etc., elle permet au conglomérat El Tiempo d’utiliser une nouvelle source de données, les milliards de données disponibles sur internet.

J’aime profondément mon métier. C’est un métier difficile, surtout quand on est une femme, mais j’aime me réveiller chaque matin, persuadée que mon métier est utile à la société.

Ginna est une femme de caractère, convaincue de sa vision du journalisme qui, selon elle, n’a pas pour unique vocation de révéler mais bien d’expliquer. Elle a souvent dû se battre dans son pays pour faire entendre à d’autres son objectif de partager ses histoires et ses recherches. Seul point noir au tableau, l’autocensure, encore trop présente selon elle en Colombie.

La censure avertie n’est pas très fréquente en Colombie. En revanche, le problème aujourd’hui, c’est l’autocensure qu’on s’impose dans certains moments, quand on sait que si on fait un pas de travers, on peut finir au cimetière, ou stigmatisé… Cela amène une réflexion sur la vraie liberté d’expression dans ce pays.

Profondément passionnée de son travail quotidien, elle souhaite à tous d’exercer une activité qui le fasse sourire car « plus vous aimez ce que vous faites, plus les résultats seront incroyables. »

Mis amigos me dicen que no tengo novio sino que mi novio es el periodismo.

Mes amis me disent que je n’ai pas de fiancé car mon fiancé, c’est justement le journalisme 

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Beaucoup de reconnaissance et d’espoir pour les femmes de son pays

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Un trait de caractère marquant de Ginna est son optimisme à toute épreuve et son espoir en la vie et en l’évolution de son pays.

Dans un pays tel que la Colombie, il est difficile d’être journaliste dans les zones de conflit où règnent les « guerrilleros » et les « narcotraficantes » et où des acteurs de la classe politique sont corrompus. Il est évidemment encore plus difficile d’être une femme journaliste.

Cependant, Ginna a un profond espoir en les femmes colombiennes qui ont, selon elle, un rôle prépondérant dans la construction du pays. En observant le thème du conflit en Colombie et en prenant l’exemple des victimes, Ginna met en lumière l’émergence d’une nouvelle génération, la « generación V », V comme « Victimas Valientes », les victimes courageuses, les femmes. Au début des conflits, comme les hommes étaient tués, les femmes se retrouvaient seules, en silence : elles ont formé une communauté, une génération de femmes solidaires, fortes et courageuses. Toutes ces femmes qui ont souffert et qui souffrent de ce conflit absurde inspirent Ginna et représentent, pour elle, une figure de femme : courageuse, qui reconnaît qu’elle est vulnérable mais qui peut se lever et continuer.

De manière plus générale, les femmes en Colombie conquièrent de plus en plus d’espace : beaucoup de femmes occupent aujourd’hui des places dans les différentes strates du pouvoir, mais aussi dans l’art, dans les affaires, etc.

L’explosion féminine est merveilleuse

J’aime la Colombie, je suis profondément amoureuse de mon pays, de la pointe nord à la pointe sud. C’est un pays avec une biodiversité unique, des personnes incroyables, une capacité de concilience hors-norme, beaucoup de couleurs et de cuisines différentes, avec tant de choses simples et diversifiées. J’aime son rythme, sa folie, son évolution, sa tranquilité. Et tout cela compense la difficulté et le conflit. J’aime qui nous sommes.

Traduit de l’espagnol

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