Hulda Bittencourt – São Paulo, Brésil

la houdAssise sur sa chaise, écoutant pensive, du haut de ses 80 ans, les airs enchantés de la salle voisine où a lieu la répétition de sa troupe avant son prochain spectacle, Hulda Bittencourt, sourit en nous voyant arriver avec notre matériel.

Nous nous sentons nous mêmes un peu pataudes avec tous nos sacs, appareil photo et trépied après avoir assisté à deux heures de répétition de danse, éblouies par des danseurs et danseuses à la grâce et à la légèreté inégalées.

Cette femme ridée mais encore très élégante, cachant ses yeux fatigués avec des lunettes de soleil des années 70, dirige l’une des plus prestigieuses compagnies et écoles de danse du Brésil, Cisne Negro. L’école, qu’elle a fondée il y a 50 ans, est la première école de danse créée à São Paulo. La compagnie, plus récente, a ouvert 11 ans plus tard.

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Danseuse de formation, Hulda a dédié toute sa vie à la danse : d’abord comme une passion, puis comme un métier, et enfin comme un art à préserver et à transmettre.

J’ai commencé très tôt à danser. Toute petite, je dansais partout, tout le temps. Chaque événement familial ou scolaire était pour moi l’occasion de danser. Ma veine artistique a été découverte très vite. Je dansais parce que je ne pouvais pas faire autrement. J’ai tout de suite su que c’était ce que je voulais faire de ma vie.

Venant d’une famille pauvre, c’est grâce Maria Oreneva, une professeure de danse russe très reconnue au Brésil ayant senti le talent d’Hulda, que ses parents ont accepté cette carrière pour leur fille, la danse étant alors perçue au Brésil comme une activité réservée aux prostituées.

C’est cette même professeure qui a entraîné les parents d’Hulda à croire en leur fille,  à économiser pour elle et pour sa future carrière.

Quand je me suis mariée, mon mari a senti qu’il n’y avait aucun moyen de me  faire dévier de la danse, c’était inutile, sans succès. Alors il a vendu l’usine de chimie qu’il possédait et a investi dans le bâtiment qui abrite aujourd’hui l’école et la compagnie. Tout était à construire, il n’y avait pas à Sao Paulo d’école de cette envergure. 

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Toute l’énergie qu’Hulda a mise dans cette école c’est d’abord et avant tout pour l’excellence académique, qui devait être reconnue au niveau national et international.

Mon ambition, l’ambition de l’école : c’est d’abord le prestige. Et pour cela, il faut maintenir un casting très exigeant. Il faut être excellent, toujours.

Mais les problèmes se sont vite enchaînés. Dans les années 90, Fernando Collor arrive à la tête du Brésil et du jour au lendemain, tous les fonds de la compagnie se trouvent bloqués par l’Etat. Impossible de réaliser la moindre dépense, pas même de payer ses danseurs.

On m’a conseillé de fermer la compagnie pour la rouvrir quand les choses s’arrangeraient. Mais je n’ai jamais cédé. J’ai maintenu la compagnie ouverte coûte que coûte. J’ai tout sacrifié pour la compagnie. A un moment, je n’avais même plus d’argent pour m’acheter une culotte ! 

Hulda doit beaucoup à son mari qui lui a permis de créer et de faire vivre la compagnie jusqu’à aujourd’hui.  « Renoncer, c’est le début de la réussite », nous dit Hulda, qui a tout sacrifié de sa vie et de celle de son mari pour faire vivre la compagnie.

Au Brésil, la danse, au delà de sa dimension artistique, est aussi un moyen d’émancipation pour les femmes, comme pour les hommes. Une danseuse talentueuse, tout comme un danseur,  peut véritablement connaître une carrière internationale. Car pour Hulda, la danse, c’est deux choses : le talent et le travail.  C’est l’art le plus complet : parce qu’il demande d’utiliser toutes les parties son corps en même temps,  de son cerveau à ses doigts de pieds. Peu importe d’où vous venez ou qui vous êtes. Mais le rythme est dur et la discipline très sévère. Pour réussir, il faut aimer, véritablement aimer. Sinon vous ne tiendrez pas.

Pourvu de talent ou non, il faut chercher, chercher ce que vous aimez. Alors seulement vous réussirez.

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Une réflexion sur “Hulda Bittencourt – São Paulo, Brésil

  1. Bravo pour cet article sensible et très évocateur d’une personnalité hors du commun. En plus, Hilda, avec son mari, forme un couple qui vend du rêve….

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