Isabelle de Guillebon – Dakar, Sénégal

Le SAMU social a une mission, celle d’« aller vers », nous explique Isabelle de Guillebon, qui a fondé et qui dirige aujourd’hui l’organisation à Dakar.

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Loin du cliché de la parisienne altermondialiste venue sauver les petits Africains, Isabelle a commencé sa carrière en France, après  « un peu d’histoire de l’Art, une année à New York et une école de secrétariat ». Elle débute dans une galerie d’art à Paris où elle reste quatre ans,  puis rejoint un cabinet de conseil parisien comme secrétaire.

Après quelques temps, on m’a proposé de quitter mon poste de secrétaire pour devenir consultante. J’ai beaucoup appris comme ça, sans faire d’études mais sur le terrain, chez le client. 

Seulement, quand son cabinet se fait racheter, Isabelle fait partie des premières à se retrouver sur le carreau. Son licenciement est justifié par son absence de diplôme. Commence une longue période de solitude, « sans collègue, sans relation humaine ».

J’étais face à un mur, personne ne voulait me prendre comme secrétaire car j’avais trop d’expérience, et personne ne pouvait me prendre comme consultante parce que je n’avais pas de diplôme… J’ai fini par rayer mon expérience de consultante sur mon CV, et en trois jours, j’ai trouvé un poste de secrétaire dans un autre cabinet de conseil. 

A nouveau, ses patrons s’aperçoivent de son expérience et lui proposent de créer la fonction RH dans le cabinet, ce qu’elle accepte. Après un master à HEC en RH, elle recommence la même chose dans un autre cabinet de conseil. Elle recrute jusqu’au jour où la bulle internet éclate.

Mes patrons, basés à Londres, m’ont demandé de virer tous les gens que j’avais embauchés un mois plus tôt. Pour moi, ça a été terrible, c’était d’une injustice criante. J’ai vraiment mal supporté cette période. Alors je suis partie prendre des vacances. Au Sénégal.

Je suis arrivée au Sénégal pour lire, aller à la plage, reprendre des forces après ce qui m’était arrivée. Je venais vraiment pour  me reposer. Et puis, je suis tombée amoureuse de ce pays. J’avais alors 39 ans, j’étais célibataire, j’adorais mon boulot à Paris mais je ne lui trouvais plus vraiment de sens. Alors j’ai décidé de venir faire quelque chose au Sénégal, quelque chose qui a du sens. Je suis d’abord rentrée en France, j’ai quitté mon job, j’ai rencontré le docteur Emmanuelli, le président du SAMU social international. Je lui ai parlé de mes plans. Il m’a dit « Vas-y ».

Le seul vrai risque qu’elle prenait, c’était d’échouer et de rentrer en France. « A bas l’orgueil ! », se dit Isabelle qui retourne au Sénégal, parcourt les rues de Dakar la nuit pendant deux ans à la rescousse des enfants lors des maraudes.

Aujourd’hui elle dirige le SAMU social de Dakar qu’elle a fondé il y a treize ans.

Les enfants des rues, principalement des garçons sont des milliers à Dakar. Ils vivent en groupes supervisés par des marabouts qui les forcent à la mendicité. C’est très long de sortir un enfant de la rue, la plupart du temps, nous sommes juste là pour leur apporter une aide d’urgence, nutritionnelle, sanitaire ou psychologique. Certains ne sont jamais venus au centre. 

L’objectif du SAMU social n’est pas de recueillir ni d’héberger des enfants à long terme. C’est plutôt de les aider à retrouver leur famille, parfois très loin de Dakar, jusqu’en Mauritanie ou en Guinée. Depuis treize ans, 1000 enfants sont sortis durablement de la rue grâce au SAMU social, ce qui lui vaut d’attirer l’attention des plus hauts dirigeants du pays qu’Isabelle emmène souvent la nuit, dans les rues, prendre conscience du phénomène. Mais « aucune action n’est menée au niveau national pour lutter contre ce désastre », déplore Isabelle.

Souvent abandonnés par leur mère pour cause de grossesse précoce, le phénomène des enfants des rues soulignent un autre phénomène, bien plus répandu dans le pays et tout aussi détestable, celui des « petites bonnes ». En effet, chaque famille sénégalaise, ou presque, dispose chez elle d’une fille très souvent mineure, qui aide pour tous les travaux domestiques. Ces filles viennent le plus souvent de la campagne, envoyées par leur famille qui ont besoin d’argent.

Une sorte d’esclavage moderne auquel toute la société consent.

Malheureusement, comme nous explique Isabelle, il arrive que ces filles soient soumises aux abus des hommes de la maison puis tombent enceinte. Le réflexe est naturellement d’abandonner l’enfant « une honte pour tout le monde ». C’est là que nous intervenons.

Aujourd’hui mariée, Isabelle compte faire sa vie au Sénégal, là où tout a pris sens. Son travail est reconnu et le SAMU social contribue à sauver de plus en plus d’enfants des rues chaque année.

J’ai pris conscience de mes faiblesses et j’ai appris à vivre avec. Pour moi, c’est ça le plus important dans la vie. Une fois qu’on a conscience de ça, on peut avancer. Et la vie vaut toujours la peine d’être vécue. 

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