Mame Khady Fall Tall – Dakar, Sénégal

Au fond de son immense bureau au premier étage du bâtiment de l’AFAO dans le quartier de Liberté 6 et derrière sa pile infinie de dossiers colorés, nous rencontrons Mame Khady Fall Tall, élégante femme d’une soixantaine d’années en boubou, à l’agenda de ministre et sur le point de partir en voyage d’affaires à l’autre bout de l’Afrique.

MameKhady1Dès son plus jeune âge, le rêve de Mame Khady Fall Tall était d’avoir une belle maison, un espace propre, personnel. Assez avant-gardiste pour son époque et sans vraiment savoir comment elle atteindrait son rêve, Mame Khady voulait surtout travailler, faire carrière et avoir son indépendance financière.

Après un parcours rythmé par d’importants tournants professionnels, Mame Khady Fall Tall est aujourd’hui présidente de l’AFAO WAWA – Association des Femmes de l’Afrique de l’Ouest – présente dans 17 pays et mise en place en 2005 par des femmes leaders de la région pour agir notamment sur la situation de pauvreté, d’analphabétisme et de manque de capacités des femmes d’Afrique.

Mariée avant même d’avoir son baccalauréat, Mame Khady a dû mettre de côté ses études avant d’entamer une formation pour enseigner à l’école, de reprendre ses études pour devenir directrice de communication au Sénat, d’intégrer le Ministère des Affaires étrangères en tant que diplomate, et de finalement être nommée présidente bénévole de l’AFAO – tout cela rythmé et entrecoupé de sessions de formations et d’une période de chômage, plus grande difficulté à laquelle elle a dû faire face.

J’ai une force de caractère avec laquelle je suis née : je n’ai pas l’habitude d’être habitée par la peur. Il faut avoir peur de la peur. Il faut avoir du courage, cette capacité intrinsèque de faire face à des défis. On ne sait pas quel défi on aura demain.

 

Diplomate dans l’âme et à la tête de l’AFAO, Mame Khady Fall Tall est bien consciente de la situation actuelle de l’Afrique et des défis qu’elle doit affronter.

« L’Afrique a beaucoup d’avenir » pour plusieurs raisons qu’elle nous énumère : la majeure partie de sa population est jeune, un fort pourcentage des terres cultivables dans le monde se trouve en Afrique et c’est un des continents les plus ensoleillés dans un monde où le soleil est une ressource énergétique de plus en plus essentielle.

Cependant, elle met en avant le paradoxe qui règne toujours sur ce continent. L’Afrique est un continent aux milliers de potentialités mais qui demeure rongé par la pauvreté et l’ignorance.

L’Afrique a connu des calvaires qui expliquent sa situation actuelle. On ne s’est pas levé en même temps que les autres. Dans l’avenir, on aura une Afrique avec un autre visage.

Avant les années 1950, alors que des mouvements d’émancipation naissaient dans le monde occidental, la femme africaine était, selon Mame Khady, un objet qui pris en charge et appartenant à quelqu’un d’autre de la société, de sexe masculin – son père, son frère, son mari – dont la vie se résumait à aller chercher le bois de chauffe, l’eau potable, les condiments, piler le mil et préparer les repas.

Avec la création de groupes de femmes et l’instauration de la journée de la femme, les femmes africaines ont commencé à parler, à revendiquer des droits et à s’organiser.

Le réflexe de la minorité, c’est de s’organiser.

Même si les femmes sont démographiquement majoritaires au Sénégal et dans les pays d’Afrique de l’Ouest, elles ont commencé à s’organiser pour notamment fournir à chacune un extrait de naissance, une pièce d’identité…

Il faut se faire confiance et avoir une très grande personnalité pour affronter la vie et pour devenir des self-made women. Le meilleur de chacune d’entre vous vient de votre vécu.

Mame Khady insiste sur le fait qu’il faut savoir ce que chacune est en mesure de réussir en fonction de ce qu’elle sait d’elle-même. On peut échouer, la prochaine fois on va réussir.

Il faut avoir l’esprit d’initiative et le goût du risque. Il faut compter sur soi-même, d’abord.

Mon rêve aujourd’hui, l’idéal que j’imagine et que je ne verrai sûrement jamais, c’est que les femmes soient un jour considérées comme il se doit, dans l’économie, la culture, le commerce, etc. La femme africaine doit être reconsidérée, car elle subit des difficultés et des atrocités, et elle est restée trop longtemps silencieuse.

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