Najate Limet – Casablanca, Maroc

Un jour j’ai vu les stats données par l’Unicef et la Banque Mondiale concernant l’éducation dans le monde. Le Maroc était 126ème, juste derrière l’Afghanistan. 

IMG_4526Najate Limet a aujoud’hui 56 ans. Il y a dix ans, ce constat lui a montré la voie à suivre pour aider son pays : œuvrer pour l’éducation au Maroc.

Quand je suis allée monter des bibliothèques dans des écoles publiques j’ai d’abord été choquée car il n’y avait rien, pas de toilettes, pas d’eau, pas d’infrastructures. Ce n’était plus l’école que j’avais connue. Dans les années 80, le Maroc fournissait des gens qui avaient fait des études, que moi-même qui venais d’une famille pauvre, j’ai pu aller faire des études à l’extérieur et avoir une autre situation. Le Maroc est un pays à 3 heures de l’Europe et où l’école n’est pas assurée pour tout le monde, il y a des quartiers ou les enfants sont abandonnés. J’avais besoin de comprendre pourquoi le Maroc était arrivé à ce niveau-là.

Selon elle, une autre considération est à prendre en compte :

Je me suis rendue compte que dans les quartiers où je vivais il y avait beaucoup de mosquées. Là où il n’y a plus d’école il y a des mosquées.

Cette « récupération » des populations abandonnées comme elle l’appelle, participe à l’obscurantisme grandissant que Najate redoute. Mais le mal est également dans la création d’écoles privées au Maroc en plus des publiques, qui a fait oublier à chacun la nature du combat à mener : de celui pour un système éducatif performant pour tous, il est devenu celui de parvenir à placer ses enfants dans un établissement privé.

Pour lutter contre cette dérive du système éducatif, Najate a créé en 2005 l’association Enfance Maghreb Avenir (EMA) qui mène de nombreux chantiers au sein des écoles en périphérie de Casablanca.

Le slogan d’EMA : l’école est un droit et non un privilège. Je ne peux pas tout faire au Maroc, mais tout ce que je peux faire, c’est que les gens aillent dans une école digne.

Najate n’est pas une marocaine comme les autres. Issue d’une famille musulmane pratiquante, elle s’est convertie à 18 ans au catholicisme. Ce que sa famille considérait comme une « crise d’adolescence » est ensuite devenu pour eux un « dérapage » et enfin quelque chose de mystérieux, plus ou moins accepté. Najate nous confie qu’elle souffre de ne pas pouvoir exercer sa religion librement à cause de sa nationalité marocaine (un marocain doit forcément être musulman ou juif) mais elle sait également la chance qu’elle a de pouvoir se rendre régulièrement en France pour pratiquer sa foi.

Elle nous rappelle plusieurs fois la chance que l’on a de vivre dans un pays où chacun est libre d’exercer sa religion :

Chaque matin dites-vous « j’ai de la chance de vivre dans un pays de liberté, de solidarité ». Les jeunes ne se rendent pas compte que la France est un pays extraordinaire.

Najate constate tous les jours les contrastes criants entre nos deux pays et nous exhorte à ne pas tomber dans un aveuglement volontaire ou une confortable ignorance :

Ne croyez surtout pas qu’il y ait plusieurs mondes, il n’y en a qu’un seul. Quand les gens s’enferment en croyant que leur vie elle est avec leurs parents, leur conjoint et leurs enfants, c’est faux. Votre vie appartient à un monde global. On ne peut pas dissocier en disant : moi je vais bien, les autres ce n’est pas grave.

Concernant la condition des femmes au Maroc, Najate voit deux sortes de femmes dans son pays :

Celles qui ont réussi, une petite part, et celles qui ne savent pas ce qu’elles veulent. Elles sont dans une contradiction entre leur famille traditionnelle et une vie occidentale.

Elle nous parle également de l’évolution du port du voile :

Ma famille est musulmane pratiquante. Ma mère ne nous a jamais obligées à mettre un foulard alors que maintenant : des gamines de 4 ans le mettent parce que « c’est bien », ce n’est pas ma génération. Le foulard a vu une accélération depuis 6 ans qui est énorme. C’est presque à la mode. C’est comme acheter un jean troué.

Il y a aussi le fait que ce pays a besoin de s’accrocher à quelque chose devant tant de contradictions. Une femme subit cette contradiction aujourd’hui. Quand on me dit  « c’est la femme qui choisit » c’est une illusion, il me semble qu’il y a une forte pression sociale. Dans des quartiers populaires, les filles sont voilées, elles vont à la mosquée le soir. Dans des quartiers plus aisés, on en rencontre peu de voilées.

Dans un pays qui lui est si cher mais ou Najate déplore la plongée du système éducatif, la construction de salles de classes, de cours d’école, de sanitaires par EMA peut améliorer les choses ponctuellement. Mais la véritable avancée viendra du pouvoir en place qui s’attaque de progressivement à ce sujet.

IMG_4574 IMG_4562 IMG_4567

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s