Nezha Sebbar – Casablanca, Maroc

Il n’a jamais été question que je reste en Angleterre. Je suis partie simplement pour étudier et commencer à travailler. Je savais que je reviendrais pour participer au développement de mon pays.

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Nezha Sebbar a gardé ce ton déterminé tout au long de l’interview, dans les locaux de Renault Maroc où elle travaille depuis six ans. Aujourd’hui à la direction des ventes, elle occupe un poste stratégique au sein de cette entreprise à laquelle elle doit beaucoup.

Née au Maroc, Nezha y a grandi avant de partir après le bac faire ses études à Londres.

Mon père nous a toutes poussées, mes sœurs et moi, à faire des études brillantes. En ça, je peux dire que je ne représente pas la majorité des femmes marocaines. Il a toujours été question pour mes sœurs et moi d’étudier, de se préparer au mieux au monde du travail. 

Après sept années passées à Londres, le retour à Casablanca s’avère plutôt difficile pour Nezha, qui, selon ses mots, ne retrouve pas l’esprit d’équipe et l’entraide en entreprise auxquels elle avait été habituée en Angleterre.

Je sais que peu de gens aiment entendre ça mais je trouve que les marocains sont trop individualistes. Nous sommes intelligents mais je ne nous trouve pas assez solidaires ou collectifs. C’est une qualité que les anglais avaient et que je ne retrouve pas ici. C’est dommage vraiment. J’espère que cela va évoluer !

Si Nezha a choisi Renault, c’est avant tout pour avoir la possibilité de travailler au sein d’une multinationale, avec « ses procédures, sa transparence et sa diversité de métiers possibles ».

Nezha poursuit la conversation en expliquant à quel point le Maroc est devenu un pays paradoxal, tiraillé entre la tradition et la modernité.

Le plus dur pour les femmes, c’est qu’elles doivent sans cesse être dans la recherche d’un équilibre entre le côté religieux, traditionnel et le côté moderne, femme active. C’est ce que les hommes cherchent ici aujourd’hui. Une femme dans l’air du temps, qui travaille, mais qui garde ses valeurs traditionnelles. Nous sommes une génération plus libre, mais plus tiraillée, c’est un vrai problème. C’était plus simple pour nos mères, je pense… 

A la direction d’un grand groupe, on la questionne naturellement sur sa vie de famille, sur ses ambitions… La réponse a le mérite d’être honnête :

Je vais vous dire ce que beaucoup de femmes n’osent pas dire. Quand j’ai eu ma fille, j’ai pris un congé maternité. Je n’ai pas du tout aimé. Je m’ennuyais terriblement. J’ai vraiment eu le « baby blues », je n’attendais qu’une chose, c’était de retourner travailler. Je sais que c’est un peu triste à dire, mais c’est la vérité. 

Pourtant, après avoir repris le travail et le rythme qui va avec, Nezha reconnaît qu’elle culpabilise un peu pour sa fille, de ne pas passer plus du temps avec elle.

Je culpabilise, et pourtant je me donne à 200% au travail pour elle, pour lui assurer des études comme les miennes. Mais je me dis parfois : même si elle fait des bonnes études, est ce que je ne risque pas de rater son éducation à force de ne pas m’occuper d’elle ? C’est très dur comme sentiment, et, avec le temps, je comprends de plus en plus les femmes qui s’arrêtent de travailler. Je pense que le choix de travailler ou de s’arrêter dépend vraiment de chacun. La seule vérité est qu’il ne faut juger personne.

En tant que femme d’affaires, Nezha nous conseille avant tout de savoir s’entourer. C’est, pour elle, un élément on-ne-peut-plus nécessaire pour réussir. En effet, l’acharnement personnel ou la confiance en soi sont nécessaire mais pas suffisants. Il faut véritablement savoir s’entourer. C’est pourquoi Nezha déplore l’individualisme des Marocains, et plus encore, des femmes.

On ne réussit pas tout seul. C’est tellement plus efficace pourtant d’être solidaire, de se rencontrer, de s’aider. Mais c’est une chose que les femmes marocaines ne font pas, ou très peu. Je le vis au jour le jour et vraiment, c’est dommage. J’espère que ça changera !

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