Parvathi – Auroville, Inde

IMG_0088Née dans le village voisin d’Auroville, Parvathi est connue pour être la seule femme mécano en Inde. Fière de ce statut, elle nous accueille avec joie quand nous arrivons dans son garage un peu reculé du village, planté au milieu de nulle part, sur de la terre ocre jonchée de déchets.

t

Elle hurle que l’on cesse le bruit des moteurs des scooters pour que l’interview puisse commencer. Installée derrière son bureau sous un gros arbre qui rend l’air un peu moins lourd, Parvathi prend la pose pendant que nous installons notre matériel.

First, I started to help my husband who was a mechanic. Then I started to like the work. I wanted to do it also. He encouraged me and now I am the boss.

J’ai commencé par aider mon mari mécanicien. Et j’ai commencé à aimer ce travail. Je voulais le faire aussi. Il m’a encouragée et aujourd’hui c’est moi qui dirige notre affaire.

A la tête d’une équipe de 10 personnes exclusivement masculine, cette mère de deux enfants au sari multicolore dément les clichés de la femme traditionnelle en Inde.

En effet, entre le poids de la tradition et les contingences économiques, la femme indienne a bien des obstacles à combattre pour se faire une place dans la société. Les femmes, surtout dans les campagnes, sont encore les grandes exclues de l’enseignement et assurément, il n’existe aucune école qui permette à des femmes d’apprendre le métier de mécanicien. Ainsi, le temps de la plupart des femmes des campagnes est encore souvent exclusivement consacré au rôle d’épouse, alternant entre la garde des enfants, la cuisine et les tâches ménagères.

Thanks to my job, I meet many people from all around the world living in Auroville. I meet French, German, Russian, English people … and I love it.

Grâce à mon travail, je rencontre des personnes du monde entier qui vivent à Auroville : des Français, des Allemands, des Russes, des Anglais… et j’adore ça !

Parvathi nous présente Auroville comme une véritable chance. En plus de lui permettre de rencontrer des personnes venues du monde entier, cette cité internationale donne à ses enfants l’accès à une éducation privilégiée pour leur milieu, en anglais et en français.

Pour Parvathi, qui rêvait petite d’être électricienne sans que personne ne prenne cette ambition au sérieux, le rôle de son mari a été essentiel pour arriver là où elle en est aujourd’hui. Mécanicien de formation, il lui a tout appris et l’a encouragée à en faire son travail, que ça plaise à leur entourage ou non.

Le plus amusant, nous dit-elle, c’est quand elle vient en aide à des hommes qui n’arrivent pas à redémarrer leur scooter. En deux temps trois mouvements, là voilà qui manipule le moteur et c’est reparti. Les gens rient quand ils me voient réparer leur scooter et souvent ils me prennent en photo, nous raconte-t-elle, en revanche, son entourage a mis du temps à accepter ce choix de vie.

I was told to go back to a woman work, not mechanic. I don’t have any woman friend that do not do a woman work. But, when people realized that they needed me because I could fix their bike, they started to accept it. 

On m’a dit qu’une femme ne pouvait pas être mécanicienne, qu’il fallait que je fasse un vrai travail de femme. Je n’ai aucune amie qui n’ait pas une occupation de femme. Mais quand les gens ont réalisé qu’ils avaient besoin de moi parce que j’étais capable de réparer leur scooter, ils ont commencé à accepter.

IMG_0098Mais Parvathi rêve plus grand : son ambition est de faire grossir son business en ouvrant une compagnie de transport exclusivement destinée aux femmes. En effet, elle nous explique à quel point les femmes des campagnes sont peu mobiles car trop souvent dépendantes de leurs maris, les seuls à pouvoir les conduire en scooter, quand elles montent à l’arrière en amazone.

When a woman gets sick for exemple, she has to wait for a husband to drive her. Sometimes it is too late. Women need to be independant. That is why I want to do a transport company only for ladies.

Quand une femme tombe malade par exemple, elle doit attendre que son mari la conduise chez le médecin. Parfois il est trop tard. Il faut que les femmes prennent leur indépendance. C’est la raison pour laquelle je veux créer une société de transport exclusivement pour les femmes.

Ce n’est pas tout, Parvathi souhaite aussi encourager le maximum de filles à apprendre le métier de mécanicien(ne !). Ainsi, elle fait en sorte pendant les vacances scolaires, quand elle doit embaucher plus de personnel, de prendre de plus en plus de filles pour leur apprendre le métier.

If you want to do something, don’t wait for people to accept it and assist you. Do it now, and do it yourself.

Si vous voulez faire quelque chose, n’attendez pas que votre entourage soit d’accord et vous y aide. Faites-le maintenant, et faites-le par vous même.

Mais n’allez pas trop vite ! S’écrie-t-elle. Parvathi nous explique à quel point notre génération est impatiente et veut les choses vite. C’est comme les scooters, nous dit-elle, les gens arrivent pressés, énervés et veulent que l’on répare leur scooter en deux minutes. Ce n’est pas possible. Avant les gens étaient plus patients selon elle, ils pouvaient attendre 6 mois des récoltes de riz, aujourd’hui, les gens veulent trop tout de suite, c’est dangereux…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s