Rokaya El Boudrari – Casablanca, Maroc

Ce que la société attend d’une femme, c’est tellement énorme qu’il vaut mieux ne pas y penser pour avancer. 

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Rokaya Elboudra a 33 ans et est mère d’un petit garçon. Après des études de gestion au Maroc puis en France, elle décide de faire carrière dans le milieu associatif, dans lequel elle travaille depuis dix ans. D’abord embauchée par une association qui lutte contre l’abandon, la mendicité et la malnutrition des enfants, Rokaya participe ensuite au développement d’un projet dans une autre association pour la formation des jeunes. L’idée était de déployer des ateliers de formation pour la collecte, le démantèlement et le recyclage de matériel informatique.  Ce projet a reçu entre autre le prix de la Fondation Yves-Rocher visant à encourage les initiatives menées par des femmes, pour le développement durable.

On parle beaucoup d’entrepreneuriat vert. Nous, c’était plutôt de l’entrepreneuriat « gris », mais avec le même objectif : protéger l’environnement. Et ce, en formant des jeunes de milieux précaires leur permettant de s’insérer dans le milieu professionnel. 

Aujourd’hui, Rokaya est consultante, toujours dans le milieu associatif, mais à son compte, et travaille pour plusieurs projets à la fois.

Quand on lui demande pourquoi elle a choisi cette voie, Rokaya nous parle d’évidence.

Ce choix s’est imposé naturellement. Au Maroc, notre système d’orientation est très mauvais. On est globalement orienté par nos notes. J’ai donc atterri par hasard dans mon école de gestion, parce que c’était la filière « classique » ou « recommandée ». Je n’ai pas trouvé de sens aux stages que j’ai pu faire, notamment au service marketing de grosses boites. Alors, je suis vite retournée vers l’essentiel. J’ai fait un stage dans une ONG marocaine qui s’occupait des mères célibataires. Je m’occupais d’un truc tout bête, de la gestion des stocks… Et je me suis rendue compte à quel point le milieu associatif avait besoin de gestionnaires. C’était parti ! 

Rokaya nous explique à quel point nous vivons dans un monde de plus en plus ouvert, mais qui trop souvent fait le choix de se fermer.

Il y a vraiment un Maroc à deux vitesses. Quand on vit à Casa dans les beaux quartiers, on peut vraiment se ghettoïser et vivre en ignorant totalement le Maroc « de l’envers ». Il y a des bidonvilles à la sortie de Casablanca, mais ça personne n’en parle. Moi, je ne peux pas me voiler face. Je suis heureuse de ne pas être dans ce cocon, confortable mais factice. C’est la chance et la malchance de mon métier. Quand on me dit que le Maroc évolue, qu’il y a des trains, des routes, je sais que même si c’est vrai, le fossé social se creuse. De plus en plus.  

On l’interroge ensuite sur sa vision des femmes au Maroc, sur leur condition et les évolutions de la société.

Pour parler vrai, je ne suis pas dans ma phase la plus optimiste. Il y a une sorte de conservatisme ambiant de plus en plus visible et agressif. Et ce sont les femmes qui le subissent le plus. Par exemple, regardez là, on est en plein été, et je vois de plus en plus de femmes voilées, de moins en moins de femmes en maillot de bain. Ce n’était pas comme ça avant. Même si chacun est libre, j’ai peur que le manque d’éducation et d’ouverture empêche certaines femmes de faire des choix libres. Et quand on entend des faits divers comme celui de deux femmes qui se sont faites lynchées parce qu’elles portaient des jupes dans la rue pendant le Ramadan, je me dis que cela devient grave. Les choses changent et les gens le nient.

Rokaya insiste sur l’éducation et l’ouverture sont les seules solutions pour lutter contre l’obscurantisme religieux. Des paroles qui nous rappellent celles de Najate Limet … (cf article).

 

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