Seyni Seck – Yoff, Sénégal

A Yoff, dans la banlieue nord de Dakar, tout le monde connaît « Platini », ou « Platoche », la petite fille qui jouait au foot avec ses frères et qui est devenue la première capitaine de l’équipe de football féminin du Sénégal. Seyni Seck, celle qui se cachait de ses parents pour jouer au foot et que « tout le monde montrait du doigt comme si elle faisait quelque chose de mal », rêve aujourd’hui, à 37 ans, d’accéder aux plus hautes sphères du football féminin en travaillant pour la FIFA.

Seyni

Jouer au foot, ce n’est pas ce qu’on attend d’une fille. Si c’est un peu vrai partout dans le monde, ça l’est encore plus au Sénégal il y a 20 ans, dans la communauté conservatrice à laquelle appartient Seyni, où l’on attend d’une fille d’aider sa mère à la cuisine, de se marier jeune et de se concentrer sur sa mission principale : avoir et s’occuper des enfants. En voulant jouer au foot, la petite Seyni défie tous les stéréotypes. Et ça gêne. Elle est raillée, traitée de « garçon manqué » et passe son temps à se battre à l’école où tous les autres enfants la surnomment Platoche.

Pour sa famille, c’est une première. Ses parents, surtout sa mère, n’acceptent pas et comprennent encore moi sa volonté de jouer au foot.

Je n’osais pas sortir en short de chez moi en disant que j’allais jouer au foot. Alors je laissais mon short chez des amis, je sortais en robe. Je jouais puis me lavais sur place pour rentrer chez moi en robe, hyper clean. Personne ne se doutait de rien.

Seuls ses frères la soutiennent en jouant avec elle et en lui achetant des maillots.

Son père finit par accepter à condition que Seyni ait des bons résultats à l’école. Le deal est conclu et Seyni continue de jouer tout en réussissant à l’école.

J’ai toujours eu dans un coin dans ma tête l’idée que si je ne croyais pas en moi, personne ne croirait en moi. Il fallait au moins que ça commence par moi pour convaincre les autres. 

Avec le temps, le talent de la petite Seyni Seck se remarque. Les garçons sont impressionnés et de plus en plus de personnes parlent de la jeune surdouée, à Yoff mais aussi au delà. A 17 ans, Seyni intègre sa première équipe de football féminin officielle « Les Gazelles de la Municipalité », avant de rejoindre « Les Aigles de la Médina » où elle jouera pendant dix ans, avant d’intégrer l’équipe nationale en tant que capitaine pendant 8 ans. à 37 ans, elle continue à jouer à Saint Louis.

Les regards ont changé peu à peu. Quand ma famille et les gens du quartier ont vu que je passais à la télé, ils ne se sont plus moqués. Quand je suis partie à Saint Louis, ils attendaient avec impatience que je rentre pour leur raconter. J’avais ma victoire. 

Parallèlement à sa carrière sportive, Seyni travaille depuis ses 22 ans en tant que technicienne audiovisuelle pour la télévision nationale, un très bon poste qui lui permet d’être totalement indépendante.

Partie en France à plusieurs reprises pour obtenir un master en management du sport, Seyni intrigue, attise la curiosité et parfois les jalousies. Il arrive même parfois qu’on la traite de « Toubab » (blanche) quand elle rentre à Yoff. Pour autant, pas question pour Seyni de partir vivre en France, où les mentalités sont moins conservatrices.

Même si je suis partie en France, j’aime tellement mon pays que je sais que j’y ferai ma vie. Les gens, et principalement les jeunes filles, ont besoin de moi ici. C’est mon devoir de les aider. Sinon, ça serait méchant quoi. 

Si la volonté était là, Seyni a longtemps manqué de moyens financiers et organisationnels pour aider concrètement les plus jeunes à jouer au foot. C’est seulement quelques années plus tard qu’une Américaine, en voyage à Dakar, réalise qu’aucune fille ne participe au plus grand tournoi de foot amateur de l’année. Si elle le remarque, c’est bien parce que le football, le « soccer », est un sport majoritairement joué par les filles aux Etats-Unis. De retour dans son pays, elle réussit à récolter 10 000 dollars et fonde avec Seyni Ladies Turn : le football féminin au cœur des quartiers.

Aujourd’hui, Seyni a 37 ans, vit à Dakar dans son quartier d’enfance mais retourne souvent en France. Son rêve s’est concrétisé : elle aide, par son association, les filles des générations futures à vivre leur passion sans subir toutes les difficultés et moqueries que elle-même a subies petite. Chaque année, le tournoi rassemble de plus en plus de filles et les regards changent, lentement…

 

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