Sister Arina – Mumbai, Inde

Soyez des personnes accessibles, des personnes qui facilitent la vie des autres. Ne vous cachez pas derrières de fausses complications ou hiérarchies. Aidez chaque fois que vous le pouvez.

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Toute vêtue de blanc, Sister Arina retire ses lunettes avant l’interview, plus pour que l’on saisisse bien son regard que par coquetterie. Sa petite taille et sa peau un peu ridée lui donnent des airs de mère Teresa. Malgré un anglais « à l’indienne », toutes ses réponses à nos questions sont claires, directes et concises : nous avons à faire à un véritable professeur.

Originaire des alentours de Mumbai, Arina est entrée dans les ordres à 26 ans et est aujourd’hui, trente ans plus tard, directrice d’un collège de filles en plein cœur de la ville et mère supérieure du couvent qui administre l’école.

C’est à 21 ans qu’elle a choisi intimement de vivre cette vie. Mais rien de très original, nous explique-t-elle, pour une jeune fille comme elle qui vient d’une famille catholique très pratiquante et qui compte déjà plusieurs de ses membres dans les ordres.

Petite, je ne voulais que deux choses : enseigner et venir en aide aux personnes qui souffrent. Rien d’autre. Et j’en ai fait ma vie. 

Professeur d’histoire et de géopolitique, elle nous explique la nécessité d’enseigner avant tout la discipline à ses élèves. « Sans discipline, vous n’obtenez rien ». Toutefois, elle sait aussi combien le métier de professeur est fait d’amour et de patience.

Si seulement vous saviez tout ce que je répète, reformule, à longueur de journée, pour que mes élèves comprennent quelque chose ! C’est épuisant, mais nécessaire. C’est un aspect très important du métier.

Obéissance, pauvreté et chasteté sont les trois grands principes qu’elle a acceptés de suivre à la lettre le jour où elle est entrée dans les ordres.

Nous investiguons un peu offensivement sur son célibat et les difficultés qu’il suppose. Mais sa réponse coupe court à toutes nos questions :

Vous savez, quand vous avez fait un choix – et je parle d’un vrai choix, celui du cœur – vous ne pensez plus à tout ce à quoi vous avez renoncé le jour de ce choix. C’est inutile et futile. Je ne me voyais heureuse dans aucune autre vie. Si je souffrais du célibat, je ne serais pas là. Je vois aujourd’hui des mariages qui ne durent pas plus de deux ans, et regardez moi, mon engagement dure depuis trente ans ! 

L’obéissance toutefois lui apparaît comme le principe le plus difficile à suivre.

Vous pouvez être envoyée dans un autre couvent du jour au lendemain, sans explication, pour occuper une autre fonction. Nous disons que nous sommes « soumises à la volonté de Dieu ». Nous apprenons ainsi la plus grande des vertus : accepter les évènements comme ils arrivent et leur faire face avec courage, quelque soit leur nature. Nous évitons de perdre du temps, nous ne nous posons pas mille questions. Nous acceptons les choses avant de les remettre en cause. Alors seulement nous pouvons leur face avec force. Prenez votre exemple : vous êtes venues comme ça, sans prévenir. Je vois votre arrivée comme une volonté de Dieu. Alors je ne dois pas refuser votre interview. Je dois arrêter mon travail et vous accueillir. 

Chaque jour, nous raconte-t-elle, quand elle prie, elle essaie de repenser à toutes les décisions qu’elle a prises dans sa journée en regardant si, oui ou non, elles sont conformes à la volonté de Dieu.

Vous ne pouvez pas choisir une vie comme la mienne et de ne pas appliquer la volonté de Dieu dans chacune de vos actions et décisions. Vous ne pouvez pas avoir un grand et bel idéal de vie que vous oubliez dans vos actions quotidiennes les plus insignifiantes. Il faut faire en sorte de retrouver l’amour de Dieu partout, tout le temps, de la façon dont vous vous comportez avec les autres, dont vous enseignez, à la façon dont vous faites la vaisselle. 

Directrice d’une école de filles, elle sait combien la situation des femmes est particulière en Inde. Beaucoup d’entre elles se marieront avant de finir le lycée, nous dit-elle. Et pourtant, elle est convaincue que c’est par les femmes que la société indienne évoluera.

C’est une évidence même que c’est par les femmes que les sociétés changent. C’est un fait, les femmes sont encore majoritairement celles qui éduquent les enfants. En éduquant les femmes, c’est toute une génération que vous éduquez. 

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