Wang Od – Buscalan, Philippines

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Son âge ? 98 ou 99 ans, elle-même ne sait plus trop ou prétend avoir oublié. Voici Wang Od, la doyenne de Celles de la Terre.

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La province de Kalinga est assez peu touristique : on n’y trouve pas de grands hôtels, pas de centres commerciaux, ni de tours organisés. C’est en demandant aux quelques philippins qui comprennent l’anglais  – « We are looking for the tattoo woman » – que nous partons en quête de Wang Od, la dernière tatoueuse utilisant les techniques traditionnelles de la région.

Il faut beaucoup de volonté – et quelques billets de monnaie – pour arriver jusqu’à Buscalan, où vit la tribu Butbut, dans un village reculé accessible seulement à pied. Les villages voisins sont peuplés d’autres tribus ethniques, anciennement guerrières, mais toujours bien coupées du reste du monde.

Après ces quelques efforts, nous arrivons enfin au village où nous apercevons rapidement une petite femme frêle et tatouée sur tous les bras, attelée à sa tâche : Wang Od a commencé sa journée, et quelques touristes attendent leur tour pour garder en eux une trace indélébile de leur périple.

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Cela fait maintenant plus de 80 ans que Wang Od réalise des tatouages sur les villageois de sa tribu contre poulets, porcs ou autres offrandes. Elle a commencé à exercer cet art dès son adolescence, tout d’abord pour pouvoir manger et subvenir aux besoins de ses parents et de ses frères et sœurs. Le panel de ses clients a bien évolué depuis les années 1940. A l’époque, Wang Od tatouait les guerriers de sa tribu, appelés Headhunters, et les femmes indigènes Butbut.

Les tatouages rendent les femmes plus belles – traduit du dialecte Butbut

Aujourd’hui, elle continue de tatouer et applique toujours les techniques traditionnelles aux touristes courageux qui grimpent jusqu’au village.

IMG_8754Reconnue comme la « Master » du tatouage Kalinga, Wang Od est elle aussi recouverte de tatouages : on n’aperçoit que ses bras, mais on comprend rapidement que chacun de ses tatouages a une signification bien précise. L’encre qu’elle utilise pour tatouer est un mélange d’eau et de charbon, qu’elle incruste dans la peau à l’aide d’une épine d’arbres à calamansi (citron philippin) et d’un bout de bois faisant office de marteau. Elle propose principalement des tatouages sous formes géométriques et tribales.

Wang Od n’a ni mari ni enfants. Pourtant, elle croit en l’héritage de cette tradition par le sang et ne peut concevoir l’impensable : que personne de sa lignée ne puisse reprendre le flambeau. Heureusement, Wang Od forme depuis environ dix ans, deux de ses petites nièces d’une vingtaine d’années, les deux petites filles de sa sœur, Grace et Elyang les « Young Masters », aux techniques du tatouage Kalinga.

Certes, pas seulement pour Wang Od mais pour tout le village Butbut, les tatouages traditionnels sont devenus un business à part entière qui permet aujourd’hui au village de pérenniser. Cela nous a vite paru décevant de la part de ce petit bout de femme ne parlant pas un mot d’anglais ou de tagalog – la langue nationale. Mais Wang Od a cette vision si spécifique et personnelle du tatouage : quand quelqu’un meurt, le tatouage est la seule chose qu’il gardera, qu’il emmènera.

Voilà ce qui la rend heureuse au fond : pouvoir ancrer en ceux qui le veulent, quelque chose d’unique et d’ineffaçable.

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