Wangu Kanja – Nairobi, Kenya (English + Français)

—- Version française en dessous —-

I am just happy that I use a traumatic life experience to realize the work I am doing right now to make my country a better place to every woman, man or child.

IMG_1748We met Wangu Kanja in Westlands neighbourhood in order to follow her to the place where she works, Mukuru slums, located on the other side of Nairobi. It is lunchtime, traffic is low. We take a matatu with her – 14-passenger van that carries an average of 20 people without caring about traffic regulations – to cross the city. We don’t ask her a lot of questions, to keep all her spontaneity for the real interview.

She tells us to go down the matatu and we start walking in Mukuru slum, which roads are covered with mud due to the rainy season. Roads are impassable and we jump between puddles, trying to avoid sliding in the mud. We walk along the iron sheet houses in front of which women are selling charcoal, corn, rain boots or shampoos, and we arrive in front of a large green gate, entrance of a school and a clinic that belong to Christian Brothers.

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We set up our camera in her office, nicely lent by the Brothers, without talking much to Wangu who seems to have a strong temper or a difficult story to support.

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In 2002, Wangu has been raped in Nairobi. Then, she had to face challenges, her family, her friends and the whole society who would say « It’s no big deal. ». After this traumatic experience, she went through depression and used alcohol as a coping mechanism that actually changed who she was. She realized she did not like who she was and intended to be.

If I am not able to come into terms with what had happened to me, it means that I will not move or start my healing process. And I had to. That’s why the turnaround came where I actually needed to say it happened, it affected me as an individual, what were the consequences, and come into terms with these consequences, and then start addressing those consequences one by one. It was a journey.

A long journey that has last for 14 years.

Since her childhood, Wangu had always dreamt of helping people. After this incident, she finally found what she wants to do : she decided to create Wangu Kanja Foundation to face sexual and gender based violence. Within her Foundation, she uses her own experience to create awareness in the community so that people can access support services like medical, psychological and legal redress, to help them start a healing process.

She is a courageous example who stands for what she believes and who fights for it, she also explains us the most important is to accept and love who you are as an individual.

Accept who you are and who you’ve become, love you as an individual, because if you don’t love you, then you’re not going to be able to love other people.

However, with her Foundation, she has to face many inherent obstacles that rule Kenyan society, concerning culture and tradition. Among the 40 ethnic groups of Kenya, each of them having their own perception of society and beliefs, most of them do not help women to empower. According to Wangu, conversations between men and women must be set up to make them understand women have sexual and reproductive health rights to consent to have sex or not, using birth control or not… to prevent sexual and gender based violence.

In order to achieve it, men have to be included in her Foundation.

We work with organizations that are working with men, because men listen to other men.

She tries to make them become change agents :

We engage them in conversations, to help them understand that if a member of their family or their community is affected, even them are affected.

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Justice is also a big challenge for Wangu, in a country where justice and police are often corrupted. The building just beside Wangu’s office is a police station with which she often works, case by case.

They know we will not let any perpetrator go without accessing justice regardless of what it is or how it happened.

She fights to create a culture that every single person must be held accountable for their actions, good or bad.

She knows she still has a lot of work to do in her country but she deeply believes in a rising conscience awareness so that every case can be reported at the police station, investigated and brought into court.

Proud of her story, she is still looking for funds to help men, women and children that are victims. Every day is rythmed by victimes who have hope after going through a trauma, and who want to fight and initiate a healing session.

She wakes up every morning wondering « I am going to do my best » and asking God to do the rest.

Version française : 

Je suis heureuse de pouvoir utiliser une expérience traumatisante de ma vie pour faire ce que je fais aujourd’hui, faire de mon pays un endroit meilleur pour chaque femme, chaque homme et chaque enfant.

IMG_1748Nous rencontrons Wangu Kanja dans le quartier de Westlands pour la suivre sur son lieu de travail, le slum de Mukuru, situé à l’autre bout de Nairobi. C’est l’heure du déjeuner, le trafic est plutôt fluide. On monte avec elle dans un matatu – van pouvant transporter 14 personnes mais qui en transporte en moyenne 20, sans avoir vraiment conscience du code de la route – pour traverser la capitale. On ne lui pose pas encore trop de questions, de peur qu’elle perde de sa spontanéité pendant notre interview.

Elle nous fait signe de descendre et nous marchons avec elle dans le slum de Mukuru, dont les routes sont couvertes de boue, due aux pluies de la veille. Les routes sont impraticables et on sautille entre les flaques immenses en manquant à chaque pas de glisser dans la boue. On longe les baraques en tôle où des femmes vendent des sacs de charbon, du maïs grillé, des bottes de pluie ou des shampooings, puis on arrive devant un grand portail vert, entrée d’une école et d’une clinique tenues par des Christian Brothers installés dans le slum.

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On installe le matériel dans son bureau, gracieusement prêté par les Frères, en parlant peu avec Wangu, qui paraît avoir un fort caractère ou une lourde histoire à porter.

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En 2002, Wangu a été violée à Nairobi. Elle a dû ensuite faire face à des situations compliquées et affronter sa famille, ses amis et la société toute entière dont le seul mot d’ordre était « Ce n’est pas si grave ». Cette expérience traumatisante l’a rapidement plongée dans la dépression et dans l’alcool pendant plusieurs années, avant de se rendre compte qu’elle n’aimait pas qui elle était devenue, qui elle prétendait être.

Si je ne suis pas capable de venir à bout de ce qui m’est arrivé, cela veut dire que je ne suis pas prête à commencer mon processus de guérison. Alors qu’il le faut. C’est à ce moment que le déclic est survenu, que j’ai commencé à dire ce qui s’est passé, que cela m’a touché en tant qu’individu, que les séquelles ont été importantes, et que je dois en venir à bout en affrontant chaque conséquence une par une. C’était le début d’un processus, d’un voyage.

Un long voyage qui dure depuis 14 ans.

Depuis son plus jeune âge, Wangu rêve d’une chose : aider les autres. Suite à cet incident, Wangu trouve enfin ce qu’elle veut faire de sa vie : elle décide de créer la Wangu Kanja Foundation pour faire face à la violence sexuelle et sexiste. Au sein de sa fondation, elle utilise sa propre expérience pour éveiller les consciences dans sa communauté et à permettre aux victimes d’avoir accès à des services médicaux, psychologiques et légaux afin de les aider à initier un processus de guérison.

Exemple de courage qui se lève pour ce en quoi elle croit et qui se bat pour cela, elle nous explique que le plus important est de s’accepter et de s’aimer en tant qu’individu.

Accepte qui tu es et ce que tu es devenu, aime-toi en tant qu’individu, car si tu ne t’aimes pas, tu seras incapable d’aimer les autres.

Cependant, avec sa fondation, elle doit affronter différents obstacles inhérents à la société Kenyane, concernant la culture et la tradition. Parmi les 40 groupes ethniques présents au Kenya, ayant chacun leur façon de croire et de voir la société, peu aident les femmes à s’émanciper. Selon Wangu, il faut mettre en place des discussions entre hommes et femmes dans ces communautés pour leur faire comprendre qu’une femme doit avoir des droits sur son corps, sur son consentement à l’acte sexuel, sur le contrôle de ses grossesses… afin d’empêcher la violence sexuelle.

Pour cela, il est essentiel pour Wangu d’inclure les hommes dans sa fondation.

Nous travaillons avec des organisations qui travaillent avec des hommes, car les hommes écoutent les autres hommes.

Elle cherche à les responsabiliser et à les faire devenir des agents du changement :

Nous les engageons dans des conversations, pour les aider à comprendre que si un membre de leur famille ou de leur communauté est touché, alors eux-mêmes sont touchés.

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La justice est également un défi important pour Wangu, dans un pays où la police et la justice sont souvent mêlées à des affaires de corruption. Le bâtiment voisin du bureau de Wangu est une « police station » avec laquelle Wangu travaille beaucoup, au cas par cas.

Ils savent que nous ne laisserons aucun coupable s’en sortir sans passer devant la justice, peu importe le cas.

Elle se bat pour initier un changement des mentalités, pour que chaque personne soit tenue responsable de ses actions, qu’elles soient bonnes ou mauvaises.

Elle sait qu’il y a beaucoup de chemin à parcourir dans son pays mais elle croit profondément en un changement des consciences pour que chaque cas soit rapporté à la police, investigué et conduit en justice.

Fière de son parcours, elle est toujours à la recherche de fonds pour sa fondation afin d’aider les victimes hommes, femmes et enfants. Chaque jour est rythmé par des victimes qui retrouvent espoir, et qui cherchent à se battre et à se guérir.

Elle se réveille chaque matin en se disant « Je vais faire de mon mieux » et en demandant à Dieu de faire le reste.

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